> NATURE > L’été à Paris

L’été à Paris

Posted on July 30, 2022 | Comments Off on L’été à Paris

Un homme heureux.

Mon coiffeur est un homme heureux. Il ne coiffe pas, il est le patron du salon de coiffure, ça lui suffit. C’est un assez bel homme d’une cinquantaine d’années. Depuis peu il s’est laissé pousser une barbe poivre et sel qui donne à son visage mince une touche de gravité bienvenue. De loin, il pourrait presque passer pour un intellectuel. Son seul et unique travail consiste à répondre au téléphone, à noter les rendez-vous au crayon dans un grand carnet, à encaisser les clients. Et encore pas toujours. Le reste du temps, il arpente inutilement le salon, se sert des cafés dans le coin cuisine (c’est un salon de coiffure branché) se déhanche en rythme au son de la musique diffusée en permanence. Il échange avec ses employées des blagues un peu salaces. Parfois, une discussion s’engage sur un sujet sérieux. Son ignorance est abyssale, ses opinions en sont le reflet. Il est tout de même assez malin pour ne pas s’opposer frontalement à ses clientes couronnées de papier alu. Comme il est fumeur, il sort souvent en griller une sur le trottoir d’en face. De là, il contemple sa propriété avec un sourire serein. La journée achevée, j’imagine qu’il s’affale devant la télé avec la satisfaction de l’avoir bien remplie, sa journée. Un homme heureux, je vous dis.

Le mendiant.

Il vient tous les jours installer son pliant devant la boulangerie. L’hiver, il porte un bonnet fourré et dispose sur ses jambes une couverture molletonnée. Une fois assis, il tend la main. La gauche. L’autre est occupée par son téléphone ou par sa cigarette. Il salue gravement, en hochant sa grosse tête, tous les clients de la boulangerie. Il a un physique de majordome, mélange de veulerie et de componction. À 12h30 précises, il quitte son poste et s’en va. Où ? C’est un mystère. Je le soupçonne d’avoir un boulot quelque part ou d’aller mendier ailleurs.

Cet été, il a disparu. De deux choses l’une : soit il est mort, soit il est parti en vacances.

Comments are closed .