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HUMEURS Archive

Suissitude

June 5, 2013 Category :HUMEURS Off

Une nuit sur le Matterhorn.

 

Surpris par l’orage, je fus contraint de bivouaquer, une nuit, sur le flanc aride du Matterhorn.

Un frottement régulier, insistant, me tira du sommeil. J’ouvris les yeux pour découvrir une centaine de nains barbus, suspendus à des cordes, qui frottaient activement le granit verglacé et balayaient les névés. J’interpellai celui qui paraissait être leur chef.

— Cette opération de nettoyage est indispensable si nous voulons offrir aux touristes un panorama étincelant, me répondit-il.

Le secret de ces paysages suisses, parmi les plus beaux du monde, venait donc de m’être incidemment révélé. Je demandai à mon interlocuteur si l’emploi à cette tâche de personnes verticalement défavorisées correspondait à une politique de la Confédération Helvétique en faveur des handicapés. Il me toisa :

— Laissez tomber le politiquement correct, mon vieux ! Vous pouvez parler de nains. Car, sachez-le, l’extraordinaire prospérité de la Suisse, ce sont les nains !

— Vraiment ?

— À votre avis, qui seul est capable d’assembler les rouages microscopiques des montres qui ont fait notre réputation ? Qui fourre nos plus fins chocolats ? Qui, enfin, trotte à son aise dans le sous-sol confiné de nos banques ? Les nains, monsieur, toujours les nains ! Notre devise nationale n’est-elle pas : “Nain pour tous, tous pour nain” ?

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L’invention du siècle

May 22, 2013 Category :HUMEURS Off

Né au début de la seconde moitié du vingtième siècle, j’ai vu décoller le Spoutnik, voler le Concorde, marcher sur la lune, opérer à cœur ouvert, fonctionner les premiers ordinateurs domestiques et téléphoner n’importe quand, de n’importe où.

Mais à mes yeux, la seule véritable révolution technologique des cinquante dernières années, c’est la couette.

Rappelez-vous ! Autrefois, on bordait soigneusement le drap de dessus avant d’en ramener un tiers sur la couverture. C’était tout un art ; il convenait que le tissu fût exempt du moindre pli. Les bonnes ménagère partageaient avec les militaires un goût pervers pour ces lits faits “au carré” dans lesquels on se glissait – en pyjama il va sans dire -, comme la lettre dans son enveloppe, pour un sommeil calibré. Quant au sexe, ce dispositif contraignant n’autorisait que la position du missionnaire. Et encore.

La couette a balayé ces coutumes ancestrales. Molle, ludique et décontractée, elle couvre sans les brider les ébats amoureux et diffuse une chaleur d’édredon sans en avoir le disgracieux volume. Il suffit d’un geste pour qu’elle dissimule le coupable désordre du lit.

Voilà ce que j’appelle un progrès, un véritable pas en avant dans l’histoire de l’Humanité.

Vous vous plaignez d’avoir failli devenir fou, en essayant de glisser votre couette dans sa housse ? Essayez donc de changer un pneu crevé au bord d’une nationale, de nuit, sous la pluie, et on en reparlera.

 

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Perles…

May 14, 2013 Category :HUMEURS Off

Dans “Le contrat” de Donald Westlake” paru aux éditions Rivages/Noir sous la direction de François Guérif, monsieur Daniel Lemoine, traducteur, écrit, je cite : “La chevelure de Fred Silver était argentée et tout en lui semblait découler de ce confluent du nom et des cheveux.” Une note du même traducteur précise que “silver” signifie argent en anglais.

C’est Simon Leys, je crois, qui dit que la première  qualité d’un traducteur est posséder à la perfection sa langue maternelle. Ce n’est manifestement pas le cas de Daniel Lemoine.

 

Dans le supplément économique du Figaro, ce 18 mai 2013. Un syndicaliste déclare : “On a ouvert une porte. D’autres vont pouvoir y adhérer.” Il s’agit du marché de l’automobile, pas de celui des adhésifs.

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Le caleçon de laine est-il à l’origine de mai 68 ?

May 8, 2013 Category :HUMEURS Off

Comment vouliez-vous que l’on s’en sorte, habillés comme on l’était, nous les enfants des années cinquante ?

Je ne suis pas le seul à me plaindre. Voyez “Le mari de la coiffeuse” de Patrice Leconte.

PIERRE BEBE

Le caleçon de bain en laine, s’il couvre le ventre largement au dessus du nombril, possède la double et déplorable particularité :

1/ de ne jamais sécher.

2/ de gratter les couilles.

Étonnez-vous que notre génération se soit révoltée en mai 68 ! C’était contre ces caleçons en particulier, et plus généralement contre la dictature vestimentaire que nos parents nous avait imposée. Une révolte qui a mûri pendant dix huit ans et qui a porté ses fruits : après 68, ils ont tout de même été moins mal fagotés, les gamins.

 

 

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Le scandale des orteils anonymes

April 15, 2013 Category :HUMEURS Off

J’aimerais vous faire partager mon indignation : trouvez-vous normal que les cinq doigts de la main possèdent chacun leur nom (pour mémoire : le pouce, l’index, le majeur, l’annulaire et l’auriculaire) alors ceux des pieds, communément appelés “orteils”, en sont dépourvus ? Tout au plus distingue-t-on le gros du petit. Les trois du milieu sont tragiquement anonymes.

Cette discrimination n’est pas acceptable.

Baptisons-les sans plus attendre !

En hommage à Jonathan Swift, je propose Brobdingnag pour le plus gros, Lilliput pour le plus petit.

Pour les trois autres le même auteur nous offre Belfuscu, Glumgluff et Balnibarbi, mais j’entends d’ici les puristes crier à l’anglicisme.

Alors si vous vous croyez plus malins que monsieur Swift, si vous vous estimez plus créatifs, je vous engage à faire parvenir vos suggestions à l’Académie Française. Elles seront examinées avec la plus scrupuleuse attention. Les trois noms retenus seront publiés au Journal Officiel.

 

Vous n’en avez pas marre de l’affaire Cahuzac ?

April 9, 2013 Category :ACTU| HUMEURS Off

La complainte de madame Cahuzac

 

Après monsieur de Cahuzac

Bêt’ment surpris la main dans l’sac,

Ce fut au tour de son épouse

De faire parler d’elle dans les niouzes.CAHUZAC PINOCCHIO

Elle aussi, nous apprit la Presse,

Au fisc brûlait la politesse,

En détournant sur un compte suisse

De très illicites bénéfices…

Toujours payés en numéraire,

Les Cahuzac étaient prospères,

Pratiquant l’implant capillaire,

Dont ils étaient devenus experts.

Mais leur amour battait de l’aile,

Ressentiment, aigreur et fiel,

Quand le divorce fut consommé,

Chacun partit de son côté.

Que cette histoire serve de leçon

Aux femmes soucieuses de leur pognon :

Ouvrir un compte  à l’étranger,

C’est prudent quand on est marié.

A MOI COMPTE

La fouine et l’intendant

Le bon monsieur de Cahuzac

En sa clinique chic et chère

Pratiquait l’implant capillaire.

Et gagnait des millions au black.

Pour soustraire son argent au fisc

Il se rendit un jour en Suisse,

C’était dit-on sûr et sans risques,

À la clé, de gros bénéfices.

Entre temps nommé intendant

Des finances, par le Président,

Il exerça son ministère

Sans barguigner, d’une main de fer.

Mais un journaliste, une fouine,

Sans se fier à sa bonne mine,

Creusa, chercha et découvrit

Le compte caché en Helvétie…

Moralité :

Vous qu’infligez au contribuable

Autant d’impôts que de leçons,

Prenez garde d’être irréprochables

Sinon gare au r’tour de bâton !

 

© colin thibert

© colin thibert

CAHUZAC

CAHUZAC

CAHUZ 1

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Le cheval et le bœuf (fable)

March 30, 2013 Category :HUMEURS| NATURE Off

LE CHEVAL ET LE BOEUF (texte publié sur le site ventscontraires.net)

 

Un vieux cheval, une haridelle,

Broutait d’un pré l’herbe nouvelle

En jetant à la dérobée

Des coups d’œil au bœuf baraqué

Qui paissait à proximité.

 

“Pauvre animal, se disait-il,

Promis au couteau du boucher,

Moi, au moins je suis bien tranquille,

J’ai passé l’âge d’être mangé.”

 

Mais sans avoir compris comment,

Le canasson, c’est désolant,

Se retrouva chez Spanghero,

Débité en menus morceaux,

Dans des lasagnes éparpillé,

Certifié “viande de bœuf hachée”.

 

La morale de cette triste fable,

C’est qu’à moins d’être végétarien,

On ne peut plus se fier à rien

Au moment de passer à table.

 

 

ÂGE INGRAT

March 20, 2013 Category :HUMEURS Off

ÂGE INGRAT          (texte publié sur le site ventscontraires.net)

 

En 2011, j’ai fêté mes 60 ans. En fait, j’ai soigneusement évité de les fêter. Comme je possède encore la plupart de mes cheveux, une bonne partie de mes dents, et que je ne porte jamais de cravate, les gens me croient plus jeune que je ne suis et j’espérais entretenir l’illusion aussi longtemps que possible.

C’était compter sans Internet. Il n’est, depuis cet anniversaire, de jour où je ne reçoive une publicité pour durcir mon pénis, prolonger mon érection, ou, plus modestement, en obtenir une. De là le terme “sexagénaire”, sans doute ?

Pour le reste, on me suggère des bilans auditifs, des traitements à base de guano pour soulager mes articulations douloureuses, des produits miracle pour nettoyer mon dentier, et d’autres destinés à l’empêcher de dégringoler quand j’ouvre la bouche pour coasser : “Comment ?

Quoi ? ” car je deviens un peu dur d’oreille.

J’ai droit à des tests gratuits pour dépister mon cancer colorectal ou ma dégénérescence maculaire.

On m’invite à défigurer ma belle maison XVIIIème en y installant sans tarder un monte-escalier alimenté par des panneaux solaires. Heureusement, grâce à la garantie “senior” imaginée par ma compagnie d’assurances, l’invalidité va devenir un art de vivre.

La plus déprimante de ces publicité est sans doute celle qui me somme d’organiser mes funérailles. Quoi, maintenant ? Oui, maintenant. La Mort ne prévient pas, m’explique-t-on, et vos proches, trop occupés à piller votre bibliothèque (dans ma famille, on lit) ou à sonder vos comptes en banque, auront mieux à faire que de se préoccuper du choix d’un cercueil ou de celui d’une urne où conserver vos cendres. Ils vous seront même reconnaissants de leur avoir évité la corvée.

Que va-t-on me proposer lorsque j’aurai 70 ans ? J’ai hâte d’y être.

CHAGRIN (peau de)

October 20, 2012 Category :ACTU| HUMEURS Off

Dans le hit-parade des mots les plus fréquemment employés par les medias, CHAGRIN occupe désormais une place de choix.

Il ne s’agit pas de celui des Belges (ceux qui ont lu Hugo Claus apprécieront) encore moins de celui des Syriens face à ce qui reste de leur pays.

Non, il s’agit de la fameuse peau de chagrin.

On l’emploie à toutes les sauces : « Le montant de pensions réduit comme peau de chagrin… La surface des terres agricoles réduit come peau de chagrin… Les glaciers, victimes du réchauffement climatique, réduisent comme peau de chagrin ». Celle-là, je l’ai entendue récemment au JT d’une chaîne publique.

Si Balzac touchait des royalties chaque fois que son titre est employé, ou plutôt galvaudé, il serait enfin millionnaire.

Posez la question autour de vous. Demandez donc pourquoi on dit : « Réduire comme peau de chagrin ». Vous n’allez pas être déçu.

Je vous donne quelques éléments de réponse :

La peau de chagrin n’a rien à voir avec votre belle-mère. Vous confondez avec peau de vache.

La peau de chagrin n’est pas celle de votre joue que vous pincez chaque matin, entre le pouce et l’index, pour en constater la perte d’élasticité.

Le chagrin n’est pas non plus un petit rongeur de la pampa dont la peau rétrécit quand on l’expose au soleil.

Ce n’est pas, enfin, un requin mangeur d’homme dont on tannerait le cuir. Là, vous confondez avec le galuchat. (« Dans la cour de l’école, des enfants vêtus de blouses grises  jouaient aux barres ou à galuchat perché. » – Alain Fournier, « le Grand Meaulnes ».)

Le chagrin est bien un cuir. Pas une liaison « mal-t-à propos », non, une véritable peau de chèvre, de veau, de mouton, ou d’âne, finement grenée. Sans doute selon un procédé inventé par les Turcs qui s’y connaissent en tannage, puisque le mot trouve son origine dans leur langue. « Sâgri »  nous a donné « chagrin ».

Lorsque Barbara (en général, les médias précisent : « La grande dame de la chanson française », comme il est convenu de dire « La plus belle avenue du monde » pour les Champs Elysées) chante : « Le ciel de Nantes rend mon cœur chagrin » elle use d’un adjectif en voie de disparition. Qui dit encore : « Je suis d’humeur chagrine » ? On préférera aujourd’hui : « J’ai carrément la tête dans le cul. ».

Quoi qu’il en soit, un cœur chagrin est bel et bien un organe qui s’atrophie…

MISSION

September 12, 2012 Category :HUMEURS Off

Ce matin, à la gare de Montigny sur Loing, je reste planté devant un panneau d’affichage.

Il est y question de trains, on s’en serait douté.

Les trains en question, appelés à ne pas circuler en raison de travaux sur la voie, portent des noms : POMU pour l’un POMA pour l’autre. Plutôt ridicule, mais en quatre lettres, on peut faire pire : CACA, PIPI, POPO, CUCU, PETA, etc…

Au-delà de ces moqueries faciles, la question qui me préoccupe est la suivante : existe-t-il, quelque part, un employé de la SNCF uniquement dévolu à cette tâche ? Je veux dire trouver des noms rigolos pour les trains ? Je l’imagine, le crayon à la main, essayant, raturant, se désolant lorsque l’inspiration lui fait défaut, se réjouissant quand ça sonne bien. Un poète, en somme. Mais peut-être est-ce un ordinateur qui pond sans états d’âme ces combinaisons de voyelles et de consonnes. Dans ce cas, nous n’échapperons ni à CACA, ni aux autres…

Une note de bas de page, de bas d’affiche plutôt, précise qu’il s’agit de « codes mission »

Code, je comprends. Mission, c’est moins clair.

En quoi le fait de rouler de Montargis à la gare de Lyon ou vice versa représente-t-il une mission ?

Dans mon esprit – et peut-être dans le vôtre- une mission est dangereuse par essence, voire impossible, à moins que Tom Cruise ne s’y colle.

« Mission accomplie, mon capitaine ! » assure le sympathique sous-officier anglais au visage poudré de cordite qui vient de placer, au péril de sa vie, des charges explosives sous le pont que vont emprunter les troupes ennemies. Une larme roule sur sa joue boucanée lorsqu’à la fin du film, la Reine en personne, et sur la pointe des pieds, épingle sur sa poitrine une médaille et le félicite pour son courage.

Le mécanicien de POMU, ou de POMA, annonce-t-il fièrement à ses supérieurs, après avoir conduit le train à bon port, « Mission accomplie, chef ! » C’est possible, en fin de compte. On ne sait pas tout.

Il est vrai que le parcours n’est pas anodin : la traversée de la forêt de Fontainebleau vous expose à croiser des bêtes sauvages, des brigands, des partouzeurs, des joggers, des chasseurs, des peaux-rouges sanguinaires…

Mais peut-être, en fin de compte, faut-il entendre « mission » dans le sens spirituel du terme ? La mission du mécanicien s’apparentant alors à celles des apôtres qui doivent mener leurs ouailles dans le droit chemin. Mais oui ! C’est ça ! Plus droit que le chemin de fer, c’est difficile à trouver. Splendide métaphore. Le mécanicien est notre berger, notre pasteur. Loué soit-il. Alléluia !