Tag Archives: Suisse

Indiscret

Lettre d’un banquier suisse à son client français.

 

Cher monsieur,

Vous n‘êtes pas sans savoir que des accords visant à plus de transparence fiscale ont été récemment signés entre nos deux pays.

En conséquence, je dois vous prier de clôturer le compte discret que vous aviez ouvert dans notre établissement.

Croyez-le bien, je comprends votre émotion, votre indignation peut-être, et je partage votre inquiétude à la perspective de transférer vos liquidités à Jersey, en Indonésie, voire aux îles Caïman où, ainsi que leur nom l’indique, les banquiers ont les dents longues et l’appétit féroce…

Sachez également que nous regretterons vos visites bisannuelles. Notre caissier, qui prend cette année une retraite bien méritée, m’a d’ailleurs prié de vous transmettre ses salutations.

Si par malheur la brigade financière s’intéressait de trop près à vos affaires et que vous envisagiez de commettre un acte désespéré, je me permets de vous rappeler que la Suisse est actuellement leader sur le créneau du suicide assisté. En tant qu’ancien client de la Banque, vous bénéficieriez automatiquement d’une remise de 5%. N’hésitez pas à la réclamer !

Veuillez agréer, cher monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

 

Suissitude

Une nuit sur le Matterhorn.

 

Surpris par l’orage, je fus contraint de bivouaquer, une nuit, sur le flanc aride du Matterhorn.

Un frottement régulier, insistant, me tira du sommeil. J’ouvris les yeux pour découvrir une centaine de nains barbus, suspendus à des cordes, qui frottaient activement le granit verglacé et balayaient les névés. J’interpellai celui qui paraissait être leur chef.

— Cette opération de nettoyage est indispensable si nous voulons offrir aux touristes un panorama étincelant, me répondit-il.

Le secret de ces paysages suisses, parmi les plus beaux du monde, venait donc de m’être incidemment révélé. Je demandai à mon interlocuteur si l’emploi à cette tâche de personnes verticalement défavorisées correspondait à une politique de la Confédération Helvétique en faveur des handicapés. Il me toisa :

— Laissez tomber le politiquement correct, mon vieux ! Vous pouvez parler de nains. Car, sachez-le, l’extraordinaire prospérité de la Suisse, ce sont les nains !

— Vraiment ?

— À votre avis, qui seul est capable d’assembler les rouages microscopiques des montres qui ont fait notre réputation ? Qui fourre nos plus fins chocolats ? Qui, enfin, trotte à son aise dans le sous-sol confiné de nos banques ? Les nains, monsieur, toujours les nains ! Notre devise nationale n’est-elle pas : “Nain pour tous, tous pour nain” ?