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Minimalisme (le dérisoire, la finitude, la mort)

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En dépit de ses dimensions modestes (150mm X 130mm) cette œuvre de Colin Thibert, qui s’inscrit dans la série intitulée “Minuscules désastres” présentée pour la première fois à la Documenta de Kassel en 2007, possède une force singulière. On y retrouve, concentrés sur un rectangle de carton ondulé -choix lourd de sens s’il en est, qui renvoie au précaire, à la paupérisation, à la marginalisation puisque tant d’hommes et de femmes, rejetés par une société égoïste en sont réduits à dormir dans l’emballage même des produits que d’autres plus fortunés, plus chanceux, consomment à outrance – les thèmes qui traversent et habitent depuis toujours l’œuvre de ce plasticien d’exception : le dérisoire, la finitude, la mort. Ces trois allumettes carbonisées, disposées dans ordre mystérieux et signifiant, bien que l’artiste se défende de vouloir délivrer un message ou, plus simplement, pointer une direction, nous renvoient à notre fragilité intrinsèque. Ce qu’elles nous disent, ces allumettes, objets d’un quotidien banal torturés par la flamme, c’est la fragilité, la brièveté, peut-être même la vanité du désir assouvi. À moins qu’elles ne nous renvoient, plus simplement, à notre condition de mortels comme semble l’indiquer la mouche – une véritable mouche capturée par le plasticien à l’aide d’un piège confectionné de ses mains, et non un simulacre – l’insecte de la décomposition, aussi noire que le corbeau dont elle partage l’attirance pour les chairs en putréfaction. Cette œuvre pourrait être simplement funèbre, solennelle, disant la Mort dans toute sa froide brutalité sans la présence des épluchures de crayon, clin d’œil de Colin Thibert qui apporte ici une note plus gaie, presque ludique, un peu de la fraîcheur de l’enfance où – déclare le plasticien dans une interview au magazine “Tendanz” – il pouvait dessiner pendant des heures avec les crayons de couleur que lui avait offert sa marraine, soprano suppléant à l’Opéra de Ratisbonne. Mais ce qui doit nous interroger dans cette composition, c’est cette trace blanche, nerveuse, jaculatoire, presque un graffiti, qui attire l’œil et remet en cause notre perception de l’ensemble. Faut-il y voir une déjection aviaire, un éclat de guano ? La proximité de la mouche plaide en faveur de cette interprétation. Mais pour ma part j’incline à penser que Colin Thibert cherche, à l’aide de ce signe discret, à nous entraîner dans une nouvelle direction, vers plus de lumière, peut-être, vers une vision plus apaisée, plus sereine de notre condition. C’est en tout cas la première fois qu’il ose le blanc dans son travail.

© Jean-Christophe Von Eckenburger, conservateur du MAMÖ (Musée d’art moderne de Malmö)