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Plume (cirque)

 

Pour ma part, je préfère le cirque aux meetings politiques.  En l’occurrence, le cirque Plume : www.cirqueplume.com/

PLUME DE SAISON

 

Qui se souvient de cette vieille blague de l’ère soviétique ? Popov rencontre Lévy et le tance :

— Dis donc, Lévy ! On ne t’a pas vu à la dernière réunion du Parti ?!

— Si j’avais su que c’était la dernière, répond Lévy avec un grand sourire, j’y serais allé avec la famille !

Mais au Cirque Plume, on ne badine pas avec les mots : cette “Dernière saison” clôt plus de trente années d’une intense et joyeuse activité. Je vous conseille donc d’y courir, en famille, comme Lévy, pour faire, une dernière fois, provision d’images et de musique. Les unes et l’autre vous habiteront longtemps.

Plume est un cirque frontal. Autrement dit pas de piste circulaire, une scène comme au théâtre ou au music-hall. Bernard Kudlak, monsieur Plume en quelque sorte, – Henri Michaux me pardonnera de prendre cette liberté – parle de boîte noire, camera obscura. Boîte de Pandore aussi, d’où sortent et défilent, en une suite de tableaux animés, pour une dernière parade, les êtres les plus invraisemblables, monstres et merveilles, certains échappés d’un tableau de Jérôme Bosch ou du schéma de l’évolution, d’autres un pied dans l’art brut, empruntant leurs silhouettes végétales aux figures des carnavals suisses alémaniques, d’autres encore venus de la planète Magritte, porteurs de mystérieux étuis dont ils jouent dans tous les sens du terme, le contenant se faisant instrument, le contenu conservant son mystère. Dans la séquence onirique qui confronte un danseur à une immense vague blanche on aborde à l’univers fantastique de Victor Hugo (Ocenao Nox) avec une touche du souffle inspiré de Caspar Friedrich.

En chair, en os ou en ombre chinoises, les artistes occupent la scène sur laquelle tombent, selon la saison, les feuilles de l’automne ou les plumes des anges (?) qu’un ballet de balayeurs ramasse à la pelle.

Signée Benoît Schick, la musique est si présente, si généreuse, que parfois on en oublierait d’applaudir la prestation de l’acrobate, de la funambule ou de la contortionniste qu’elle accompagne. Ah, la contortionniste ! Elle, c’est Roland Topor qui aurait pu la croquer : plus flexible qu’un travailleur de l’Union Européenne, d’une effrayante drôlerie, ses numéros sont un pur régal. Une médaille d’or pour celui qu’elle exécute skis aux pieds. Quiconque s’est essayé un jour à chausser des planches sur une pente verglacée appréciera. Et quiconque a observé un singe en hiver applaudira les diverses apparitions de Cyril Casmèze, ni clown blanc, ni Auguste, mi-humain, mi-animal, à la fois rond, souple et félin.

Tout en ventres en muscles réels ou fantasmés, en grommelots et en rodomontades, les hommes n’ont pas vraiment le beau rôle dans cette ultime saison. Sans parler de ce curé que l’on dirait dessiné par Siné (et mis à nu comme la mariée éponyme, dans l’œuvre de Duchamp) Je crois avoir compris le message : libérées de la pesanteur, les femmes sont l’avenir de l’humanité.