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Onfray pas avec n’importe qui, ou la crise des gilets jaunes

Comme tout un chacun, Michel Onfray a été pris de court par l’histoire des gilets jaunes. Il n’avait rien vu venir. Il est philosophe, pas prophète. Comme tous les autres penseurs, analystes, et politiques, Onfray s’est rattrapé aux branches, prenant fait et cause pour les insurgés, en profitant surtout pour tirer à boulets rouges sur son ennemi préféré : BHL. Lequel n’a pas écrit que des conneries sur la question. Onfray non plus d’ailleurs : surnagent quelques miettes acceptables dans un magma idéologique pâteux. Je n’ai pas lu d’autres chroniques que les leurs, certains ont peut-être écrit ce que vous allez lire.

Moi, ce qui me frappe dans cette crise, c’est le degré d’infantilisation qui prévaut.

Les gilets jaunes se comportent comme des enfants turbulents, hurlant, pleurant, trépignant, cassant ou incendiant leurs jouets – ou plutôt ceux des autres puisque le Père Noël ne les gâte jamais – pour signifier à leur parents, à leur papa, en l’occurrence, qu’ils se sentent oubliés, délaissés, livrés à eux-mêmes, qu’ils ont besoin d’une soupe plus grasse, certes, mais aussi et surtout d’attention, de considération. “Papa !” avons-nous entendu au début de la crise : “Parle, je t’en prie ! Dis-nous quelque chose !” Là c’est plutôt de Dieu le père qu’il s’agit, un père omnipotent et bienveillant, très éloigné, évidemment, de la réalité présidentielle.

Cinquante années d’aides, de subventions et d’assistanat auraient-elles fait des Français des enfants gâtés ? Certains de nos voisins ont tendance à le penser.

Et peut-être même, mais là c’est moi qui extrapole, ces enfants réclament-ils des barrières et des règles clairement posées par un adulte responsable.

Les fascismes s’étaient doté de “guides”, virils et forts en gueule, le communisme, lui, a accouché d’un grand timonier, c’était déjà plus poétique, d’un oncle Ho et d’un petit père des peuples dont la tendresse a marqué les esprits. L’infantilisation généralisée ne date donc pas d’hier. Chez nous, le général de Gaulle se posait clairement en père de la nation. En 68, toutefois, on a eu un peu marre du grand-père. Derrière le général, personne n’a eu la carrure nécessaire pour reprendre le costume. Voyez par vous-mêmes, nos présidents sont de plus en plus petits.

Voici donc ce (trop) jeune président/papa dépassé par son indocile marmaille, hésitant entre la carotte et le bâton, se reprochant de n’avoir pas été assez pédagogue et se promettant de l’être. C’est qu’il a un emploi du temps chargé, le papa/président, où trouver le temps d’écouter les gosses, de les bercer avec de belles histoires ?

Comme touts les gamins, ceux qui trottinent à travers Paris tirant les sonnettes, jouant à cache-cache avec les gendarmes et mettant le feu aux poubelles, veulent tout, tout de suite. Pas question d’évoquer du moyen ou du long terme, c’est une notion qui leur échappe.

Les députés ne leur conviennent pas, qu’on les dégage ! à l’instar les godasses achetées sur Internet qu’il suffit de renvoyer si elles ne vous plaisent pas, le service est gratuit. Idem avec le président. Là, on est en plein dans la haine du père. Cela se passerait-il mieux avec une maman ? Les gilets jaunes auraient-ils, inconsciemment, le désir de baiser Marine ?…

Les légendes les plus invraisemblables courent sur les réseaux sociaux*, ils y croient pour les oublier au bout de deux ou trois jours.

Que vont-ils devenir quand ils seront grands, les gilets jaunes ?

* Comment ne pas citer Unberto Eco ?

Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bistrot et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel.”