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Halloween

Apparue en France dans les années 90, vilipendée par le clergé, considérée avec méfiance à l’instar de tous les produits venus d’Amérique, la fête d’Halloween s’est plus ou moins imposée sans connaître, toutefois, le succès du Coca-Cola ou du McDo. On ne peut que le regretter. En effet, quoi de plus charmant que ces bandes d’enfants maladroitement costumés en zombies, loups-garous, vampires ou sorcières tirant les sonnettes dans l’espoir d’obtenir quelque friandise. Quel joie de leur offrir, en échange de leur lamentable prestation, les chocolats de qualité inférieure envoyés par la tante Berthe à Noël dernier ou les caramels retrouvés collés au fond de la vieille malle de l’oncle Alfred, encore que ce ne soient peut-être pas des caramels, le grenier étant habité par plusieurs espèces de rongeurs. En nous débarrassant gracieusement de nos rebuts alimentaires, les enfants d’Halloween assument une véritable fonction écologique que l’on aurait tort de minimiser.

Quel bonheur aussi de reconnaître, parmi ces galopins, les deux fils de Jacques Blédard, votre voisin, qui vous prend de haut parce qu’il roule en 4X4 et travaille dans la finance, et de leur refiler, à chacun, une généreuse part du gâteau au hasch que vous avez pris soin de confectionner la veille. Ça va planer sévère chez les Blédard.

Il me semble pourtant qu’il manque encore quelque chose à Halloween pour devenir une fête à part entière dans le folklore hexagonal. Je veux parler de la french touch. Au lieu de les gaver de bonbons riches en produits cancérigènes, en graisses porcines obtenues par des moyens contre nature et en huile de palme responsable de la destruction d’écosystèmes entiers, ne pourrait-on joindre le ludique à l’économique et saisir l’occasion de leur faire découvrir un produit du terroir ? Non, ce n’est pas à la pomme – au demeurant saturée de pesticides- que je pensais, mais au vin. Rouge ou blanc. Rien d’excessif. Un petit verre chacun. Deux s’ils apprécient.

Les mômes allant de maison en maison, on les verrait bientôt tituber au milieu de la rue en braillant des chansons de salle de garde, puis vomir dans les fossés où leurs parents n’auraient plus qu’à les récupérer, fatigués mais heureux, et riches d’une nouvelle expérience gustative. Quinze jours plus tard, ils seraient à nouveau d’attaque pour savourer le beaujolais nouveau, en famille ou au bistrot.