Paris brûle-t-elle ?

Hier soir, un violent incendie s’est déclaré à la cathédrale Notre Dame de Paris. C’est triste, bien entendu, j’ai tout de même envie de dire : “ça arrive”. J’ai aussi envie d’ajouter : “Il n’y a pas mort d’homme”. Pas comme rue Erlanger en février : 37 blessés, une dizaine de morts. Je n’irais pas jusqu’à dire dans l’indifférence générale, mais comparé au phénomène Notre Dame, si. Comme quoi les symboles comptent nettement plus que les vies humaines. Il n’y avait pas eu une émotion aussi vive depuis la mort de Johnny, autre symbole. Sauf que pour Johnny, Trump n’avait pas tweeté. Pour Notre Dame, si. Il a même recommandé l’usage de Canadairs. Le type qui s’y connaît en incendies dans des édifices médiévaux… Quasi-maux-d’eaux en somme.

L’incendie était d’une indéniable beauté plastique. Mieux que les tours jumelles du 9/11. Que du bois, bien sec et très ancien. Mais bien entendu, c’est uniquement l’horreur et l’émotion qui se lisaient sur les visages des tous ceux qui se sont précipités pour voir brûler le monument national où qui l’ont regardé brûler chez eux, vautrés dans le canapé, un verre à la main.

À propos de monument national, il me semble que l’émotion internationale a été plus contenue le jour où le musée national de Rio a cramé. Il me semble aussi que les milliardaires n’ont pas mis la main à la poche pour la reconstruction. Pour Notre Dame, si. Il est d’ailleurs heureux que Macron ait supprimé l’ISF, sans quoi ni Arnault ni Pinaut n’auraient pu aider.

Un pan énorme du patrimoine culturel brésilien est parti en fumée, nous, on a failli perdre, paraît-il, la tunique et la couronne d’épines de Saint Louis qui est en or. Failli perdre. Vous savez qui c’était Saint Louis ? Tout sauf un saint. Mais là n’est pas la question. Ce matin, on interviewait un sympathique curé barbu attaché à l’édifice. Il racontait son chagrin et son émotion, on le comprend. Il a également précisé que les badauds ont prié toute la nuit devant l’édifice en feu. Prié pour quoi, exactement ? Apparemment ça n’a pas été très efficace. Enfin, si, ça aurait pu être pire.

Ce matin c’était, à la radio, un défilé de gens plus ou moins compétents qui répétaient peu ou prou la même chose. L’archevêque s’est dit bouleversé. Qu’est qu’il pouvait dire d’autre, le pauvre homme ?

Je ne sais plus qui a déclaré hier soir – au milieu d’un flot de sottises continu et remarquable – que c’était une grande perte pour la religion. Ah bon ? Non seulement on va la reconstruire, mais en plus, franchement, on n’en manque pas de cathédrales…

Au café, où la télé était branchée, j’ai vu Jack Lang déclarer d’un ton pénétré à l’intention de son successeur qu’il fallait reconstruire sans tarder. Franck Riester a dû apprécier à sa juste valeur le conseil de l’Ancien.

Ce qui m’étonne c’est que personne n’ait encore dit que c’était un signe. Un signe de quoi, on ne sait pas, (tout de même pas Dieu qui a balancé son mégot ?) mais à quelques jours de Pâques, c’est forcément un signe. Je suis certain que quelqu’un l’a dit.

Des centaines de curieux, l’appareil photo brandi, qui photographient quoi ? Le vide ? L’absence ? On pourrait intituler cette suite : “Notre Dame arrête de fumer”

Le 18 Avril. Qu’est-ce que je vous disais ! Voici un article tiré du site : “France catholique”

Notre-Dame en flammes. Rien n’arrive qu’avec la permission de Dieu. Incendie accidentel ? Incendie providentiel. Les événements sont providentiels. L’histoire est providentielle. Bossuet bien sûr, mais tout aussi bien Pascal.

Mais à ce degré-là et dans la conjoncture présente, ce n’est plus un signe des temps, c’est un Signe. Peut-être Le Signe. Paris, phare du monde après Athènes et Rome. Le cœur de Paris. Notre-Dame, kilomètre zéro de toutes les routes de France – et du monde. Au premier jour de la Semaine sainte. Quel œil serait assez étoupé pour ne pas voir ? L’aveuglement surnaturel – mystérieusement voulu par Dieu – ne saurait tenir : Notre-Dame en flammes crève les yeux.

C’est un Signe. C’est le Signe. De quoi ? Il faut en effet savoir lire les signes des temps. « Le visage du ciel, vous savez l’interpréter, et pour les signes des temps vous n’en êtes pas capables ! Génération mauvaise et adultère ! » (Mt, 16). Est-ce difficile ? L’état de Notre-Dame au matin du mardi saint, c’est l’état de l’Église en France et, la France étant par droit d’aînesse emblème de catholicité, de l’état de l’Église dans le monde, orbi, en passant par Rome, urbi, et en s’y attardant.

Reste le bâti du prestigieux vaisseau, la nef, avec les rames des arcs-boutants. Restent les façades. L’intérieur est cramé. Benoît XVI vient de dire l’origine de l’incendie : subjectivisme et relativisme, produits de Mai 68. Tout est permis : bien et mal, question d’interprétation. La foi ? Qu’est-ce que la foi ? Ne parlons pas de dogmes.

Le Président Macron : « Cette cathédrale, nous la rebâtirons. » Mgr Aupetit (à J-J. Bourdin) : « Oui, le bâtiment. Mais surtout l’Église. » Voilà la lecture du Signe. Rebâtir Notre-Dame, cela veut dire rebâtir l’Institution. Quel signe plus clair ? Il a déjà été donné ! Mais on l’oublie. C’est François d’Assise qui soutient la basilique Saint-Jean-de-Latran, prête à s’effondrer.

Autre lecture annexe, et tout aussi limpide. Un tel événement montre à quel point, grattée la surface urticante de la laïcité politicienne, et le vernis du pluralisme, métissage et tout ce qu’on peut mettre après le préfixe multi-, on revient au vrai. Ce dont on ne veut pas convenir en public, dans les media, on l’avoue, on le vit, jusqu’aux larmes, quand Notre-Dame brûle. Tous, de tous bords, le disent avec leurs mots : « Mais oui ! Notre-Dame, c’est Notre-Dame de France, c’est notre passé, c’est notre héritage, c’est ce qui nous a fait, c’est ce que nous sommes. » Ce bel aveu perdra de sa ferveur. La chicane reviendra. Mais de l’incendie restera cette vérité brûlante.

Quant à l’Église des hommes, l’Institution, si douloureusement blessée, puisse-t-elle retrouver son âme à la lecture du Signe. C’est à elle d’abord qu’il est donné.

L’archevêque de Paris, Miche Aupetit, donne alors à la population un conseil plus que discutable après ce qui vient d’arriver ! : “Je propose à toutes les personnes de bonne volonté de mettre à leur fenêtre dans la nuit de Pâques, un lumignon, une bougie, comme nous le ferons dans toutes nos églises en commençant la Vigile Pascale par le rite du feu nouveau“.

Enfin, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ce texte hallucinant, toujours sur France Catholique.

Ce soir je ne pleure pas ma cathédrale éventrée, je ne pleure pas les vitraux pulvérisés, je ne pleure pas les œuvres d’art calcinées je ne pleure pas les pierres effondrées, la charpente millénaire réduite en cendres et la flèche ensevelie dans le brasier.

Ce soir je pleure la foi des bâtisseurs, apprentis, compagnons et architectes qui ont dépassé leur savoir pour offrir à Dieu et Marie sa mère un si bel écrin, je pleure pour les artistes qui au cours des siècles ont fait hommage de leur talent à Marie cette jeune fille juive de Palestine, qui en son sein va accueillir le Sauveur et qui sera reconnue Mère de Dieu et Mère de l’Eglise, je pleure pour tous ces prêtres qui depuis des siècles ont célébré la sainte Eucharistie au Maitre autel et aux autels collatéraux, ont confessé dans ces chapelles qui en quelques heures ont disparu dans les flammes, je pleure toutes les grâces, empruntes spirituelles laissées par le temps, obtenues par ces sacrements qui étaient retenues par cette charpente au-dessus des fidèles, je pleure la foi des millions de fidèles qui au cours des siècles se sont agenouillés sur les prie-Dieu désormais carbonisés pour confier leurs misères, leur désarroi, leurs espérances, leurs craintes, leurs doutes et leur joie, à un Dieu si aimant de sa création qu’il a donné à l’homme la liberté de l’aimer ou de le rejeter, je pleure ce lieu où la France celle qui croyait au Ciel et celle qui n’y croyait pas savait se réunir sous le tendre regard de Notre Dame pour montrer son unité aux grandes heures de son histoire, je pleure la conversion de ces hommes et de ces femmes anonymes ou célèbres qui furent touchés par la grâce de la foi au détour d’un pilier, au chevet d’une statue, au pied du tabernacle, je pleure pour l’Eglise si traumatisée en ce début de XXI ème siècle et qui en cette Semaine Sainte vient de perdre un de ses symboles les plus fédérateurs, je pleure de ne pas m’y être assez rendu pour me prosterner devant Notre Dame afin de lui demander d’intercéder pour moi auprès de son Fils pour mes fautes et pour mes lâchetés, de ne pas l’avoir assez remerciée pour ses grâces et ses bienfaits que j’ai dépensés comme un fils prodigue, je pleure de ne pas lui avoir demandé de pardonner à la France sa fille aînée ses abandons et ses oublis… je sais que je n’ai pas besoin de Notre Dame pour prier, pourtant il y a des prières et des suppliques au Ciel qui ont besoin pour gagner le Ciel de l’épaisseur des siècles et de la compréhension du temps du parfum d’éternité qui se dégageait de ces voutes. Je pleure pour ces générations de prêtres qui face contre terre ont reçu le sacrement de l’ordre et ont perdu le lieu qui un jour par le mystère d’un sacrement leur a permis de devenir in personae Christi. Je pleure pour tous ceux grands et petits qui ne pourront plus y pénétrer et n’auront pas l’âme saisie par l’esprit des lieux comme tant l’ont été dans les siècles passés.

Je pleure pour la miséricorde sans fin de Marie et de son fils pour une humanité pécheresse et prie ce soir pour qu’elle continue à nous guider avec amour vers son fils.

Je ne pleure pas des pierres et des charpentes, je pleure l’écrin de ma foi, de mon identité et de ma culture qui est parti en fumée, je pleure pour tous ceux qui ne pleurent que pour des pierres et ne pleurent pas pour la foi qui a élevé ces pierres cette foi qui depuis bien longtemps a été consumée par un siècle sans foi.

Mais Seigneur grâce à vous, à l’amour de votre Mère, je sais que demain à mon réveil devant les ruines fumantes, je ne pleurerai plus car votre Espérance aura chassé ma peine et aura mis au fond de mon cœur une cathédrale à bâtir.