Mission

Ce matin, à la gare de Montigny sur Loing, je reste planté devant un panneau d’affichage.

Il est y question de trains, on s’en serait douté.

Les trains en question, appelés à ne pas circuler en raison de travaux sur la voie, portent des noms : POMU pour l’un POMA pour l’autre. Plutôt ridicule, mais en quatre lettres, on peut faire pire : CACA, PIPI, POPO, CUCU, PETA, etc…

Au-delà de ces moqueries faciles, la question qui me préoccupe est la suivante : existe-t-il, quelque part, un employé de la SNCF uniquement dévolu à cette tâche ? Je veux dire trouver des noms rigolos pour les trains ? Je l’imagine, le crayon à la main, essayant, raturant, se désolant lorsque l’inspiration lui fait défaut, se réjouissant quand ça sonne bien. Un poète, en somme. Mais peut-être est-ce un ordinateur qui pond sans états d’âme ces combinaisons de voyelles et de consonnes. Dans ce cas, nous n’échapperons ni à CACA, ni aux autres…

Une note de bas de page, de bas d’affiche plutôt, précise qu’il s’agit de « codes mission »

Code, je comprends. Mission, c’est moins clair.

En quoi le fait de rouler de Montargis à la gare de Lyon ou vice versa représente-t-il une mission ?

Dans mon esprit – et peut-être dans le vôtre- une mission est dangereuse par essence, voire impossible, à moins que Tom Cruise ne s’y colle.

« Mission accomplie, mon capitaine ! » assure le sympathique sous-officier anglais au visage poudré de graisse et de cordite qui vient de placer, au péril de sa vie, des charges explosives sous le pont que vont emprunter les troupes ennemies. Une larme roule sur sa joue boucanée lorsqu’à la fin du film, la Reine en personne, et sur la pointe des pieds, épingle sur sa poitrine une médaille et le félicite pour son courage.

Le mécanicien de POMU, ou de POMA, annonce-t-il fièrement à ses supérieurs, après avoir conduit le train à bon port, « Mission accomplie, chef ! » C’est possible, en fin de compte. On ne sait pas tout.

Il est vrai que le parcours n’est pas anodin : la traversée de la forêt de Fontainebleau vous expose à croiser des bêtes sauvages, des brigands, des partouzeurs, des joggers, des chasseurs, des peaux-rouges sanguinaires…

Mais peut-être, en fin de compte, faut-il entendre « mission » dans le sens spirituel du terme ? La mission du mécanicien s’apparentant alors à celles des apôtres qui doivent mener leurs ouailles dans le droit chemin. Mais oui ! C’est ça ! Plus droit que le chemin de fer, c’est difficile à trouver. Splendide métaphore. Le mécanicien est notre berger, notre pasteur. Loué soit-il. Alléluia !