L’invention du siècle

Né au début de la seconde moitié du vingtième siècle, j’ai vu décoller le Spoutnik, voler le Concorde, marcher sur la lune, opérer à cœur ouvert, fonctionner les premiers ordinateurs domestiques et téléphoner n’importe quand, de n’importe où.

Mais à mes yeux, la seule véritable révolution technologique des cinquante dernières années, c’est la couette.

Rappelez-vous ! Autrefois, on bordait soigneusement le drap de dessus avant d’en ramener un tiers sur la couverture. C’était tout un art ; il convenait que le tissu fût exempt du moindre pli. Les bonnes ménagère partageaient avec les militaires un goût pervers pour ces lits faits “au carré” dans lesquels on se glissait – en pyjama il va sans dire -, comme la lettre dans son enveloppe, pour un sommeil calibré. Quant au sexe, ce dispositif contraignant n’autorisait que la position du missionnaire. Et encore.

La couette a balayé ces coutumes ancestrales. Molle, ludique et décontractée, elle couvre sans les brider les ébats amoureux et diffuse une chaleur d’édredon sans en avoir le disgracieux volume. Il suffit d’un geste pour qu’elle dissimule le coupable désordre du lit.

Voilà ce que j’appelle un progrès, un véritable pas en avant dans l’histoire de l’Humanité.

Vous vous plaignez d’avoir failli devenir fou, en essayant de glisser votre couette dans sa housse ? Essayez donc de changer un pneu crevé au bord d’une nationale, de nuit, sous la pluie, et on en reparlera.