HODLER

Ferdinand Hodler

Je me demande si les non-Suisses connaissent Hodler ? Valloton a été exposé au Grand Palais, (au motif qu’il avait acquis la nationalité française ?) Hodler n’a pas eu droit de cité à Paris. Du moins pas à ma connaissance.

La question à son importance : demi-suisse, je connaissais de Hodler, depuis l’enfance, ces reîtres musculeux et barbus, ces bûcheron puissants, ce Guillaume Tell impérissable autant que fantasmé. J’avais donc rangé Hodler dans la catégorie des peintres de genre, tendance patriotique, donc doublement exécrable. Jusqu’au jour où, il y a bien des années j’ai découvert au musée des Beaux Arts de Bâle un paysage de montagne d’une simplicité et d’une audace confondantes peint par Hodler vers 1914. De ce jour mon regard sur lui a changé. Pour le dire simplement : total respect.

Paysages, portraits, figures historiques et compositions plus ou moins symboliques, l’exposition du musée Rath de Genève ratisse large et nous démontre que Hodler était un sacré bosseur et un immense artiste. De ses œuvres symboliques, je n’ai pas grand chose à dire, elles sont aussi ridicules que celles de Kupka précédemment étrillé sur ce blog. Une mention spéciale pour le jeune garçon nu de profil dont on n’arrive pas à déterminer si la tache claire en haut de la cuisse est un bout de pénis ou, juste, une tache claire. Pour les filles, de face, le peintre a moins de scrupules. À l’instar de Kupka, je crois que s’il peignait la même chose de nos jours il aurait droit à un “# balance ton pédophile”, ce qu’il n’était probablement  pas.

Voici des gens endormis sur le sol : un homme barbu semble en proie à un cauchemar matérialisé par une sorte de fantôme noir sur sa poitrine tandis qu’à sa droite une femme et un homme dorment, enlacés. La femme, nue, nous tourne le dos. Elle est admirable et admirablement peinte. Je n’ai pas la moindre idée de ce que peut signifier cette composition et je m’en tape. Mais ce corps de femme est à lui seul la preuve que nous avons affaire à un très grand peintre. Et à un immense dessinateur dont témoignent les mains et les pieds jamais bâclés (contrairement à tant d’autres) toujours justes dans leurs proportions comme dans leur pose. Cette facilité à dessiner les corps, Hodler en abuse dans ses peintures historiques, mais quand même je n’aime pas ça, je reconnais qu’on en prend plein les yeux. Il m’a fait penser à un autre artiste suisse Hans Erni, grosse vedette dans les années 1960-70 que son incroyable facilité à dessiner les corps et les chevaux a conduit à sa perte (de mon point de vue).

Beaucoup d’autoportraits : les premiers fort classiques et très vivants, les derniers d’une impressionnante liberté de trait.

Et enfin les paysages… Quiconque a tenté de peindre la montagne sait à quel point l’exercice est périlleux : impressionné par les volumes et les ambiances, on a toujours tendance à en faire trop, on s’égare facilement, on s’empâte. Hodler, lui, s’en sort à l’économie, à l’issue de ce que j’imagine, peut-être à tort, à une longue méditation devant le paysage. Il faut re-situer cette peinture dans son époque (14-18 en gros) pour en apprécier l’audace, les coloris francs, les nuages enfantins, le graphisme délié. Hodler est en somme le champion absolu d’une sorte de triathlon pictural.