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Dostoïeveski est-il encore publiable ?

Posted on September 20, 2013 | Comments Off on Dostoïeveski est-il encore publiable ?

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Cher monsieur Dostoïevski,

Nous avons lu votre roman intitulé “Crime et châtiment” avec toute l’attention requise.

Permettez-moi d’abord de vous dire que le titre ne tient pas ses promesses : le crime arrive beaucoup trop vite, le châtiment n’en finit plus ! (Si tant est, d’ailleurs, que les divagations et autres états d’âme de Raskolnikov constituent un châtiment.)

À propos de Raskolnikov, je vous suggère un nom mieux adapté si vous persistez dans votre intention d’écrire du “polar”. Tom, Bill ou Sam, par exemple, éviterait à vos lecteurs de s’écorcher la langue. De même, transposez plutôt votre histoire à New York ou à Chicago. La majorité de nos lecteurs ignore où se trouve Saint Petersbourg.

Si vous souhaitez nous présenter à nouveau votre ouvrage, permettez-moi de vous donner quelques conseils : pour commencer, faites durer un peu le plaisir avant d’assassiner la vieille usurière. Et soyez plus précis dans la description du crime lui-même : nos lecteurs apprécient les détails saignants, le “gore”, surtout n’ayez pas peur d’en rajouter. Avec sa hache, Raskolnikov devrait au moins lui trancher une main, une oreille ou un bras ; il est impératif que le sang éclabousse les murs.

De même lorsque Tom/Raskolnikov tue Elisabeth surgie inopinément au moment du crime (un jolie idée) pourquoi ne la violerait-il pas ? Ante, ou post mortem à votre convenance. Au point où il en est, il se sera pas condamné plus lourdement et nos lecteurs apprécieront la scène. La dimension sexuelle est en effet très absente de votre manuscrit si l’on excepte quelques allusions au fait que Sonia se prostitue.

Une piste que vous n’exploitez pas assez : nos lecteurs ont envie d’en savoir plus : Sonia a-t-elle une ou des “spécialités” ?  Accepte-t-elle la sodomie ? autant de questions sur lesquels glisse votre manuscrit pour s’attarder longuement sur des considérations philosophico-socialo-religieuses qui n’intéressent plus personne aujourd’hui, croyez-en mon expérience d’éditeur.

Éliminez sans pitié tous les personnages qui n’apportent rien à votre récit. Le médecin, la servante, la mère, la sœur et son fiancé. Concentrez-vous sur l’intrigue, faites commettre d’autres crimes à Tom/Raskolnikov de façon qu’il devienne “le tueur à la hache” recherché par le FBI qui met sur l’affaire ses meilleurs profilers. Là, vous tiendrez quelque chose.

Quant aux policiers, on ne les “sent” pas du tout. Ils doivent être plus durs, sujets à des doutes existentiels, préoccupés par leur divorce et la garde des enfants. Inspirez-vous, si nécessaire, des séries qui passent à la télé.

Alors au travail, monsieur Dostoïevski ! Remusclez-nous un peu tout ça avec un seul objectif : tenir le lecteur en haleine et lui foutre les boules. À ce compte-là seulement vous pourrez vous prétendre écrivain.

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