COROT portraitiste

De Camille Corot on connaît ces paysages délicats : des gris d’une incroyable subtilité, des arbres que le vent fait légèrement ployer, des ruines, des ciels lumineux, fin de journée dans la campagne romaine. On en trouve dans tous les musées d’Europe et d’Amérique du nord, et on n’est jamais déçu. Corot est résolument un bon peintre.

On l’attend moins dans le domaine du portrait, le Musée Marmottan entend réparer cette injustice. Voici donc de nombreuses jeunes femmes posant pour le peintre, le plus souvent habillées, encore que les deux nus présents à l’exposition soient très réussis. Ingres, nous dit le commentaire, a influencé Corot, et Corot, Manet. N’en déplaise à Mallarmé, la chair n’est triste ni chez le uns ni chez les autres.

Les modèles, si j’ai bien compris, revêtaient pour le peintre des habits de paysannes italiennes ou grecques, prétexte à user de rouges, des jaunes et de bleus vifs que l’on ne trouve pas dans les paysages de Corot. Un vermillon très clair, à la limite de l’orangé m’a intrigué : est-ce vraiment la couleur que le peintre a utilisée ou a-t-elle viré avec le temps ?

Ces femmes adoptent pour le peintre des poses un peu mélancoliques, des regards rêveurs, la main posée, parfois, sur une mandoline. C’est très charmant. On pardonnera quelques erreurs anatomiques, Corot a souvent du mal avec les épaules…

Ces femmes ont cependant quelque chose de curieusement identique, toutes paraissent sorties du même moule. La même forme d’yeux. On n’est pas très loin de la fabrique byzantine. Corot ne peint pas des femmes, mais des types. Il ne se laisse aller à peindre les vrais gens qu’à de rares occasions : portraits d’enfants vite torchés mais d’autant plus sincères, sa nièce, ou encore cette délicieuse jeune femme à la faucille, sur fond de champ de blé et de ciel chargé.

Vers la fin de sa vie, il s’attaque à des formats plus grands et laisse tomber le folklore italo-grec au profit de robes contemporaines. Il s’en sort très bien. Dommage qu’il n’ait pas eu le temps d’en peindre plus.

Peu d’hommes. Un ou deux, on ne sait pourquoi portent des armures, les autres la bure dont les plis raides on dû séduire le peintre. L’habit, chez Corot, fait le moine.