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Les oreilles de l’Abbé Pierre

Je suis incapable de cirer un meuble sans penser à l’abbé Pierre.

Rien à voir avec l’odeur, ni avec Emmaüs, aucune astuce freudienne à deviner, aucune madeleine de Proust.

Regardez un portrait de l’Abbé Pierre : vous serez frappés par la dimension exceptionnelle de ses oreilles. C’est grâce à elles, murmure-t-on, qu’il parvenait à entendre la voix du Très-Haut ; à cette aune, ce n’est d’ailleurs pas sans frémir que l’on imagine la taille de celles de Jeanne d’Arc ou de Thérèse d’Avila… Le Christ, lui, disposait d’une liaison directe.

De telles oreilles produisent plus de cire que la moyenne, de même qu’un grand nez favorise des éternuements plus sonores.

L’abbé Pierre avait pris sa retraite à l’abbaye de Saint Wandrille dont les moines fabriquent, entre autres, une cire de qualité. Voilà la boucle bouclée, ou presque. Généreux de nature, l’abbé offrait à la communauté qui l’avait accueilli ce cérumen qu’il produisait en abondance.

Ainsi, lorsque vous astiquez votre escalier, c’est un peu du saint homme que vous y mettez.

Les vaches, bouc émissaire du réchauffement climatique.

(Merci à Eric Adelheim http://adelheim.fr qui m’a communiqué cet édifiant article)

Le déploiement du plan de lutte contre le réchauffement climatique aux Etats-Unis donne des ailes aux chercheurs, qui réfléchissent à des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre par les « vaches propres ». L’animal, qui émet beaucoup de méthane, est lui aussi responsable — malgré lui — du réchauffement climatique.

 

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Le président américain, Barack Obama, qui s’est fixé pour objectif de réduire de 17 % d’ici à 2020 les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis, a proposé fin mars un plan de réduction des émissions de méthane, qui constituent 9 % des émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis. Composé d’une batteries de mesures, notamment législatives, le plan vise essentiellement les énergies fossiles, mais également l’agriculture.
Le gouvernement américain va entre autres encourager les éleveurs à installer des systèmes de récupération et de réutilisation du méthane au sein des exploitations.
Boostés par ces dispositions gouvernementales, des scientifiques ont relancé leurs recherches dans la quête de la « vache du futur », espèce bovine « propre » en méthane, qui ne rejetterait que peu ou prou de ce gaz naturel dont l’effet de serre peut être jusqu’à 84 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone, principale source du réchauffement climatique, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
L’agriculture est le secteur qui émet le plus de méthane (36 % des émissions totales), principalement à cause de la production laitière. Le fumier produit par les vaches en émet en quantité en se décomposant, par exemple quand il est répandu dans les champs. Mais il est également produit par les flatulences bovines.
Pour Juan Tricarico, directeur du Centre américain d’innovations pour les produits laitiers, de l’institut de recherche de l’Illinois, s’attaquer à ce problème est une priorité. Selon lui, la « vache de l’avenir » n’est pas une chimère. Equipé de pilule antiméthane, ou d’un sac à dos à gaz — une équipe argentine travaille sur ce projet —, l’animal pourrait voir ses émissions de méthanes réduites à néant.  Mais les obstacles financiers sont trop nombreux pour le déploiement au niveau national d’une telle technologie, encore plus sans financement public.
La solution pourrait aussi passer par une approche totalement repensée du mode d’alimentation des vaches. Nourries en partie de basilic, ou à l’aide de granulés faciles à digérer, l’impact sur les émissions de méthanes dans l’air pourrait être spectaculaire. « Quatre-vingt-dix-sept pour cent du gaz produit par les vaches est évacué sous forme de rots », explique Juan Tricarico au Financial Times.

 cowboy

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Un peu de poésie.

LE CHÊNE ET LE ROSEAU (remake)

 

Un roseau qui poussait à deux pas d’un grand chêne

Répétait à l’envi avoir lu dans une fable

Qu’il vaut mieux être souple quand l’orage se déchaîne,

Sous peine d’être rompu, brisé, comme un pied d’table !

 

Le chêne en prit ombrage.

Il jura in petto

De faire payer l’outrage

À l’insolent roseau…

 

Une tempête s’annonce : le vent souffle et mugit,

Voilà notre roseau qui d’avance se réjouit

De la déconfiture annoncée du géant

De la chute certaine de ce porteur de glands.

 

Mais la brise est suivie par d’abondantes pluies,

Qui gonflent la rivière, qui en font un torrent.

La voici qui bientôt va sortir de son lit,

Pour noyer les pâtures, les villages et les champs.

 

Partout montent les eaux !

À son tour le roseau

Menace d’être submergé,

Englouti par les flots…

 

Le chêne s’en ébaubit :

Et déclare d’une haleine :

“Monsieur de la Fontaine,

Hélas, n’a pas tout dit !

Plier ne suffit plus,

Pauvre petit bout d’bois !

Encore eût-il fallu

Être aussi grand que moi.”

 

Les mal-aimés.

 

Ostracisés, bannis, transis, agglutinés,

Leurs vêtement trempés, leur haleine chargée,

Ils forment, devant le bar, un troupeau misérable.

Ils ont quitté leurs potes, ils ont quitté leur table,

Pour affronter la nuit, pour endurer le froid.

Dansant d’un pied sur l’autre, ils se gèlent les noix,

Ils battent la semelle sur le pavé givré.

Regardez-les trembler, écoutez-les tousser,

Ces tragiques parias, ces malheureux exclus,

Qu’une loi scélérate a poussé dans la rue

Pour assouvir leur vice, comme des malfaiteurs.

Je ne vous hais point ! Mais combien vous plains-je, ô fumeurs !

Tant qu’on a la santé…

Visiteurs surprise

Un triste matin d’octobre, on a sonné à ma porte. Ils étaient deux, gantés de cuir noir. Visages et blousons fermés sous le menton. Le premier a lancé son poing en direction de mon visage tandis que le second se débrouillait pour faucher mes deux jambes d’un seul coup, magistral. Une fois au sol, ils m’ont méthodiquement bourré de coups de pied et de matraque, visant la poitrine et  les reins. Leur tâche accomplie, ils sont repartis sans un mot. J’avais un mal de chien, je tenais à peine debout. J’avais dû prendre, sur la gueule, un pain sévère : mon œil droit était à moitié clos, ma diction imprécise. Je me suis traîné jusqu’à mon lit. J’y suis resté allongé plus d’une semaine avant de récupérer assez de forces pour tenter quelques pas hésitants. Ils ne m’avaient pas raté, les salauds !

J’ai fini par apprendre leurs noms : Guillain et Barré. Ils ne perdent rien pour attendre, ces deux-là !

 

La métamorphose.

Si après des rêves agités, vous vous réveillez un matin saisi d’une impression aussi indéfinissable que désagréable,

Si votre dos vous paraît dur comme un carapace, votre abdomen enflé,

Si vous jambes s’agitent inutilement,

Si des fluides suintent de votre œil et de la commissure de vos lèvres,

Si vous tentez de vous exprimer et que l’on ne vous comprend pas,

Si votre famille, devant le spectacle que vous offrez, hésite entre commisération et dégoût,

Non, vous ne vous êtes pas métamorphosé en insecte à l’instar de Gregor Samsa, vous êtes simplement victime d’un Guillain-Barré !

Petites et grosses bêtes

Grosses et petites bêtes…

 

On compte, au maximum, 80 attaques de requins par an. Elles suscitent, inévitablement, le même émoi horrifié. On crie alors haro sur le squale et on lance des expéditions punitives où quelques malheureux spécimens sont impitoyablement harponnés et exhibés aux caméras de la télévision pour assouvir la soif de vengeance des baigneurs.

La maladie de Lyme, elle, fait 50 000 victimes par an, uniquement en France, et ce, dans la plus absolue discrétion. On n’organise pas d’expédition punitive contre les tiques, pas d’aspersion d’insecticides dans les forêts, que dalle.

La victime d’un requin passe pour un héros, celle d’une tique fait sourire.

Moralité : pour connaître son quart d’heure de célébrité, mieux vaut être mordu par une grosse bête que par une petite.

 

Grandes oreilles

BIG BROTHER IS HEARING YOU…

Voici un échantillon de quelques échanges capturés par les “grandes oreilles” américaines, parmi des millions d’autres.

 

France : “MON CHÉRI. EN RENTRANT DU BUREAU, PEUX-TU PRENDRE UNE BAGUETTE. BIEN CUITE, MERCI. ”

 

Italie : “LIVIA, AS-TU L’INTENTION DE VENIR AU MARIAGE DE CLARA ? SI OUI, QUELLE GENRE DE ROBE PENSES-TU PORTER ?”

 

Allemagne : “CHÈRE GRETE. JE NE VOUS AI PAS VUE À LA CHORALE, HIER SOIR. SERIEZ-VOUS SOUFFRANTE ?”

 

Angleterre : “JE PENSE QU’ARSENAL A TOUTES SES CHANCES, SAMEDI PROCHAIN, CONTRE CHELSEA.”

 

On a du souci à se faire…

 

La Fontaine

Au bureau ils ont installé une grosse bonbonne en plastique translucide sur un socle du même métal.

Il s’agit, nous a informés une note de service, d’une fontaine à eau. Évidemment. Si c’était une fontaine à vin, on ne foutrait plus grand chose.

Les filles s’en moquent, elles ont toutes leur bouteille d’eau perso. Quant aux types de la force de vente, ils aiment parler cul et foot autour la machine à café. La fontaine à eau ne semble pas les inspirer.

Dans mon esprit une fontaine c’est un ouvrage en pierre ou en bois, moussu et vermoulu, dans lequel l’eau chante joliment en coulant d’un bec de bronze. Ou alors c’est un monument baroque aux quatre angles duquel des tritons barbus et baraqués crachent de la flotte à jet continu. Ça n’a, en tout cas, rien à voir avec ce truc qui produit d’inélégants borborygmes chaque fois qu’on le sollicite.

Moche et bêtement fonctionnel, l’objet suscite des envies séditieuses. On aimerait y introduire nuitamment un couple de poissons rouges, un grenouille, un nénuphar ou une pincée de LSD. Juste pour voir l’effet que ça ferait.

Il fait chaud dans nos bureaux, je meurs de soif. Il ne faut jamais dire “Fontaine, je ne boirai point de ton eau…”

 

(texte publié sur le site ventscontraires.net)