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Un peu de poésie.

LE CHÊNE ET LE ROSEAU (remake)

 

Un roseau qui poussait à deux pas d’un grand chêne

Répétait à l’envi avoir lu dans une fable

Qu’il vaut mieux être souple quand l’orage se déchaîne,

Sous peine d’être rompu, brisé, comme un pied d’table !

 

Le chêne en prit ombrage.

Il jura in petto

De faire payer l’outrage

À l’insolent roseau…

 

Une tempête s’annonce : le vent souffle et mugit,

Voilà notre roseau qui d’avance se réjouit

De la déconfiture annoncée du géant

De la chute certaine de ce porteur de glands.

 

Mais la brise est suivie par d’abondantes pluies,

Qui gonflent la rivière, qui en font un torrent.

La voici qui bientôt va sortir de son lit,

Pour noyer les pâtures, les villages et les champs.

 

Partout montent les eaux !

À son tour le roseau

Menace d’être submergé,

Englouti par les flots…

 

Le chêne s’en ébaubit :

Et déclare d’une haleine :

“Monsieur de la Fontaine,

Hélas, n’a pas tout dit !

Plier ne suffit plus,

Pauvre petit bout d’bois !

Encore eût-il fallu

Être aussi grand que moi.”

 

Les mal-aimés.

 

Ostracisés, bannis, transis, agglutinés,

Leurs vêtement trempés, leur haleine chargée,

Ils forment, devant le bar, un troupeau misérable.

Ils ont quitté leurs potes, ils ont quitté leur table,

Pour affronter la nuit, pour endurer le froid.

Dansant d’un pied sur l’autre, ils se gèlent les noix,

Ils battent la semelle sur le pavé givré.

Regardez-les trembler, écoutez-les tousser,

Ces tragiques parias, ces malheureux exclus,

Qu’une loi scélérate a poussé dans la rue

Pour assouvir leur vice, comme des malfaiteurs.

Je ne vous hais point ! Mais combien vous plains-je, ô fumeurs !

Tant qu’on a la santé…

Visiteurs surprise

Un triste matin d’octobre, on a sonné à ma porte. Ils étaient deux, gantés de cuir noir. Visages et blousons fermés sous le menton. Le premier a lancé son poing en direction de mon visage tandis que le second se débrouillait pour faucher mes deux jambes d’un seul coup, magistral. Une fois au sol, ils m’ont méthodiquement bourré de coups de pied et de matraque, visant la poitrine et  les reins. Leur tâche accomplie, ils sont repartis sans un mot. J’avais un mal de chien, je tenais à peine debout. J’avais dû prendre, sur la gueule, un pain sévère : mon œil droit était à moitié clos, ma diction imprécise. Je me suis traîné jusqu’à mon lit. J’y suis resté allongé plus d’une semaine avant de récupérer assez de forces pour tenter quelques pas hésitants. Ils ne m’avaient pas raté, les salauds !

J’ai fini par apprendre leurs noms : Guillain et Barré. Ils ne perdent rien pour attendre, ces deux-là !

 

La métamorphose.

Si après des rêves agités, vous vous réveillez un matin saisi d’une impression aussi indéfinissable que désagréable,

Si votre dos vous paraît dur comme un carapace, votre abdomen enflé,

Si vous jambes s’agitent inutilement,

Si des fluides suintent de votre œil et de la commissure de vos lèvres,

Si vous tentez de vous exprimer et que l’on ne vous comprend pas,

Si votre famille, devant le spectacle que vous offrez, hésite entre commisération et dégoût,

Non, vous ne vous êtes pas métamorphosé en insecte à l’instar de Gregor Samsa, vous êtes simplement victime d’un Guillain-Barré !

Petites et grosses bêtes

Grosses et petites bêtes…

 

On compte, au maximum, 80 attaques de requins par an. Elles suscitent, inévitablement, le même émoi horrifié. On crie alors haro sur le squale et on lance des expéditions punitives où quelques malheureux spécimens sont impitoyablement harponnés et exhibés aux caméras de la télévision pour assouvir la soif de vengeance des baigneurs.

La maladie de Lyme, elle, fait 50 000 victimes par an, uniquement en France, et ce, dans la plus absolue discrétion. On n’organise pas d’expédition punitive contre les tiques, pas d’aspersion d’insecticides dans les forêts, que dalle.

La victime d’un requin passe pour un héros, celle d’une tique fait sourire.

Moralité : pour connaître son quart d’heure de célébrité, mieux vaut être mordu par une grosse bête que par une petite.

 

Grandes oreilles

BIG BROTHER IS HEARING YOU…

Voici un échantillon de quelques échanges capturés par les “grandes oreilles” américaines, parmi des millions d’autres.

 

France : “MON CHÉRI. EN RENTRANT DU BUREAU, PEUX-TU PRENDRE UNE BAGUETTE. BIEN CUITE, MERCI. ”

 

Italie : “LIVIA, AS-TU L’INTENTION DE VENIR AU MARIAGE DE CLARA ? SI OUI, QUELLE GENRE DE ROBE PENSES-TU PORTER ?”

 

Allemagne : “CHÈRE GRETE. JE NE VOUS AI PAS VUE À LA CHORALE, HIER SOIR. SERIEZ-VOUS SOUFFRANTE ?”

 

Angleterre : “JE PENSE QU’ARSENAL A TOUTES SES CHANCES, SAMEDI PROCHAIN, CONTRE CHELSEA.”

 

On a du souci à se faire…

 

La Fontaine

Au bureau ils ont installé une grosse bonbonne en plastique translucide sur un socle du même métal.

Il s’agit, nous a informés une note de service, d’une fontaine à eau. Évidemment. Si c’était une fontaine à vin, on ne foutrait plus grand chose.

Les filles s’en moquent, elles ont toutes leur bouteille d’eau perso. Quant aux types de la force de vente, ils aiment parler cul et foot autour la machine à café. La fontaine à eau ne semble pas les inspirer.

Dans mon esprit une fontaine c’est un ouvrage en pierre ou en bois, moussu et vermoulu, dans lequel l’eau chante joliment en coulant d’un bec de bronze. Ou alors c’est un monument baroque aux quatre angles duquel des tritons barbus et baraqués crachent de la flotte à jet continu. Ça n’a, en tout cas, rien à voir avec ce truc qui produit d’inélégants borborygmes chaque fois qu’on le sollicite.

Moche et bêtement fonctionnel, l’objet suscite des envies séditieuses. On aimerait y introduire nuitamment un couple de poissons rouges, un grenouille, un nénuphar ou une pincée de LSD. Juste pour voir l’effet que ça ferait.

Il fait chaud dans nos bureaux, je meurs de soif. Il ne faut jamais dire “Fontaine, je ne boirai point de ton eau…”

 

(texte publié sur le site ventscontraires.net)

 

 

UN FAIT DIVERS

FAIT DIVERS AVEC ANIMAL

Le 30 mars 2013, un individu armé d’une tronçonneuse a tranché une défense au squelette d’éléphant du Museum d’Histoire Naturelle. (C’est absolument véridique)

Voici la plaidoirie que je suggère à son avocat.

Le drame qui nous réunit aujourd’hui dans ce tribunal, est imputable à la mère de mon client, aujourd’hui décédée. En privant son enfant de la tendresse à laquelle il avait droit, comme tout un chacun, elle l’a poussé sur le banc des prévenus ! Oui, monsieur le Président, j’accuse cette femme de n’avoir pas accompli son devoir de mère en refusant systématiquement à son fils, mon client, de lui acheter les albums de Babar, ou même une peluche du susnommé. Plus tard, en dépit de ses supplications, jamais elle ne l’a emmené au zoo ! Il aurait pu se contenter des documentaires animaliers de la télévision, me direz-vous, mais cette mère indigne préférait boire ses allocations plutôt que de payer sa redevance.

Aussi, lorsque mon client, entré par hasard au Museum d’Histoire Naturelle, s’est trouvé devant le squelette de l’éléphant, son sang n’a fait qu’un tour, il a vu rouge et, se remémorant sa triste jeunesse privée d’éléphants, il a tranché d’un coup de tronçonneuse vengeur la défense qui pointait, – ironiquement, lui a-t-il semblé -, dans sa direction.

S’il transportait une tronçonneuse, objecterez-vous, c’est qu’il avait prémédité son geste. Que nenni, monsieur le Président ! Mon client, comme beaucoup de gens, a peur des agressions. Mais pour un revolver, un permis est nécessaire, alors que le port de la tronçonneuse n’est soumis à aucune restriction légale.

Je réclame donc la relaxe pure et simple de mon infortuné client.

 

Le juge : le 30 mars dernier, armé d’une tronçonneuse, vous vous êtes rendu au Museum d’Histoire Naturelle, où avez tranché une défense au squelette de l’éléphant. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ce geste insensé ?

Le prévenu : Monsieur le Président… Vous est-il arrivé de d’avoir des problèmes de… d’érection ?

Le juge : Dans ce tribunal, jeune homme, c’est moi, et moi seul qui pose les questions. Poursuivez.

Le prévenu : Parce que moi, de ce côté-là, c’est pas la joie. J’ai essayé des tas de médicaments mais ça n’a rien donné. Un jour, un pote m’a parlé de la corne de rhinocéros. C’est un truc chinois, infaillible. Voyez combien ils sont, les Chinois ! Bon, le problème, c’est que ça coûte bonbon et moi, je suis au RSA. Tant pis, j’ai décidé : j’en volerai une ! Mais le zoo de Vincennes est fermé et au Jardin de Plantes, y a pas de rhino. Alors je me suis souvenu du Museum d’Histoire Naturelle… Et puis une fois sur place, je me suis dit : qui c’est qu’en a une encore plus grosse que le rhinocéros ? Alors j’ai choisi l’éléphant !

 

 

 

 

Le cheval et le bœuf (fable)

LE CHEVAL ET LE BOEUF (texte publié sur le site ventscontraires.net)

 

Un vieux cheval, une haridelle,

Broutait d’un pré l’herbe nouvelle

En jetant à la dérobée

Des coups d’œil au bœuf baraqué

Qui paissait à proximité.

 

“Pauvre animal, se disait-il,

Promis au couteau du boucher,

Moi, au moins je suis bien tranquille,

J’ai passé l’âge d’être mangé.”

 

Mais sans avoir compris comment,

Le canasson, c’est désolant,

Se retrouva chez Spanghero,

Débité en menus morceaux,

Dans des lasagnes éparpillé,

Certifié “viande de bœuf hachée”.

 

La morale de cette triste fable,

C’est qu’à moins d’être végétarien,

On ne peut plus se fier à rien

Au moment de passer à table.