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Les vaches, bouc émissaire du réchauffement climatique.

(Merci à Eric Adelheim http://adelheim.fr qui m’a communiqué cet édifiant article)

Le déploiement du plan de lutte contre le réchauffement climatique aux Etats-Unis donne des ailes aux chercheurs, qui réfléchissent à des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre par les « vaches propres ». L’animal, qui émet beaucoup de méthane, est lui aussi responsable — malgré lui — du réchauffement climatique.

 

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Le président américain, Barack Obama, qui s’est fixé pour objectif de réduire de 17 % d’ici à 2020 les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis, a proposé fin mars un plan de réduction des émissions de méthane, qui constituent 9 % des émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis. Composé d’une batteries de mesures, notamment législatives, le plan vise essentiellement les énergies fossiles, mais également l’agriculture.
Le gouvernement américain va entre autres encourager les éleveurs à installer des systèmes de récupération et de réutilisation du méthane au sein des exploitations.
Boostés par ces dispositions gouvernementales, des scientifiques ont relancé leurs recherches dans la quête de la « vache du futur », espèce bovine « propre » en méthane, qui ne rejetterait que peu ou prou de ce gaz naturel dont l’effet de serre peut être jusqu’à 84 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone, principale source du réchauffement climatique, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
L’agriculture est le secteur qui émet le plus de méthane (36 % des émissions totales), principalement à cause de la production laitière. Le fumier produit par les vaches en émet en quantité en se décomposant, par exemple quand il est répandu dans les champs. Mais il est également produit par les flatulences bovines.
Pour Juan Tricarico, directeur du Centre américain d’innovations pour les produits laitiers, de l’institut de recherche de l’Illinois, s’attaquer à ce problème est une priorité. Selon lui, la « vache de l’avenir » n’est pas une chimère. Equipé de pilule antiméthane, ou d’un sac à dos à gaz — une équipe argentine travaille sur ce projet —, l’animal pourrait voir ses émissions de méthanes réduites à néant.  Mais les obstacles financiers sont trop nombreux pour le déploiement au niveau national d’une telle technologie, encore plus sans financement public.
La solution pourrait aussi passer par une approche totalement repensée du mode d’alimentation des vaches. Nourries en partie de basilic, ou à l’aide de granulés faciles à digérer, l’impact sur les émissions de méthanes dans l’air pourrait être spectaculaire. « Quatre-vingt-dix-sept pour cent du gaz produit par les vaches est évacué sous forme de rots », explique Juan Tricarico au Financial Times.

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À cheval sur l’orthographe

Une mesure salutaire

Face à la dégradation catastrophique de l’orthographe, le gouvernement s’est enfin décidé à réagir. Fermement, durablement. Avec le concours actif de la NSA, tous nos messages écrits, toutes nos lettres, même nos listes de courses seront passés au crible. Gare aux fautes !

Calquée sur le principe du permis de conduire à points, une échelle de sanctions a été élaborée :

“S” oublié à un pluriel et faute d’accord : un point et 25 € d’amende.

Faute d’accent ou accentuation fantaisiste : deux points et 30 € d’amende.

Participe passé confondu avec un infinitif : trois points et 60 € d’amende.

Fautes de syntaxe : trois points et 80 € d’amende.

Pléonasmes, barbarismes et solécismes : quatre points et 100 € d’amende.

“Soupirails” au lieu de soupiraux : quatre points et 110 € d’amende.

Chrysanthème sans “y” ou sans “h” : cinq points et 150 € ‘amende.

Une fois perdus vos 12 points, vous ne serez plus autorisés à communiquer par écrit. Seul un stage orthographique intensif suivi d’une dictée sévèrement notée vous permettront de les récupérer.

SPLENDEUR ET DÉCADENCE DE L’ACCENT CIRCONFLEXE

Je ne sais pas si ça vous a frappé, mais l’accent circonflexe est en train de devenir à l’orthographe ce que les herbes de Provence sont à la cuisine : on en fourre partout.

Ainsi la deuxième personne du pluriel du verbe « faire » est désormais affligée d’un circonflexe dans 80% des cas, par analogie, sans doute, avec le faîte du toit ?

Lequel toit s’en est chopé un, lui aussi. Dans l’esprit du fauteur, toît est sans doute plus crédible que toit qui conviendrait éventuellement à un toit plat, certainement pas à un « toît » à double pente, tel qu’on en voit sur tous les pavillons de l’hexagone.

Ce fameux accent circonflexe représente une consonne ancienne : ainsi le « s » dans « feste », ou dans « mast » devenus fête et mât. La consonne est passée à la trappe mais, telle l’âme des disparus, son esprit survit sous la forme de ce petit oiseau piqué en vol stationnaire au dessus de la voyelle. C’est très poétique, mais ce n’est pas un raison pour en mettre à tour de bras.

Si les dégâts sont limités, s’agissant de « faîtes » ou de « toît » la confusion entre cote et côte, désormais fréquente, peut être carrément dangereuse.

Demandez donc : « Un ballon de cotes ! » chez le bougnat du coin, pour voir. Qu’est-ce qu’on va vous servir ? Les derniers chiffres du Cac 40 dans un petit verre ?

De même, si votre installateur de survitrages vous déclare « Monsieur, vos côtes sont fausses » allez-vous vous indigner en l’assurant que jamais vous n’avez subi de chirurgie esthétique ou réparatrice ?

 

De retour d’un séjour en Croatie, il y a quelques années de cela, j’avais été frappé de constater à quelle point la langue croate est pauvre en voyelles. Je citerai, par exemple, l’île (avec circonflexe) de Krk ou le massif de Krs.

Ému, j’avais alors proposé à tous mes amis écrivains d’envoyer en Croatie leurs voyelles excédentaires. Ça ne leur aurait pas coûté grand chose, mais je n’ai pas été entendu et je le déplore.

Aujourd’hui, en ces temps de crise, l’heure n’est plus à la charité mais à la débrouille et à la spéculation. C’est pourquoi je vous dis : «  Suivez mon conseil, tant qu’il est encore gratuit ! Achetez massivement de l’accent circonflexe, les cours vont encore grimper ! »

 

 

Tant qu’on a la santé…

Visiteurs surprise

Un triste matin d’octobre, on a sonné à ma porte. Ils étaient deux, gantés de cuir noir. Visages et blousons fermés sous le menton. Le premier a lancé son poing en direction de mon visage tandis que le second se débrouillait pour faucher mes deux jambes d’un seul coup, magistral. Une fois au sol, ils m’ont méthodiquement bourré de coups de pied et de matraque, visant la poitrine et  les reins. Leur tâche accomplie, ils sont repartis sans un mot. J’avais un mal de chien, je tenais à peine debout. J’avais dû prendre, sur la gueule, un pain sévère : mon œil droit était à moitié clos, ma diction imprécise. Je me suis traîné jusqu’à mon lit. J’y suis resté allongé plus d’une semaine avant de récupérer assez de forces pour tenter quelques pas hésitants. Ils ne m’avaient pas raté, les salauds !

J’ai fini par apprendre leurs noms : Guillain et Barré. Ils ne perdent rien pour attendre, ces deux-là !

 

La métamorphose.

Si après des rêves agités, vous vous réveillez un matin saisi d’une impression aussi indéfinissable que désagréable,

Si votre dos vous paraît dur comme un carapace, votre abdomen enflé,

Si vous jambes s’agitent inutilement,

Si des fluides suintent de votre œil et de la commissure de vos lèvres,

Si vous tentez de vous exprimer et que l’on ne vous comprend pas,

Si votre famille, devant le spectacle que vous offrez, hésite entre commisération et dégoût,

Non, vous ne vous êtes pas métamorphosé en insecte à l’instar de Gregor Samsa, vous êtes simplement victime d’un Guillain-Barré !

Petites et grosses bêtes

Grosses et petites bêtes…

 

On compte, au maximum, 80 attaques de requins par an. Elles suscitent, inévitablement, le même émoi horrifié. On crie alors haro sur le squale et on lance des expéditions punitives où quelques malheureux spécimens sont impitoyablement harponnés et exhibés aux caméras de la télévision pour assouvir la soif de vengeance des baigneurs.

La maladie de Lyme, elle, fait 50 000 victimes par an, uniquement en France, et ce, dans la plus absolue discrétion. On n’organise pas d’expédition punitive contre les tiques, pas d’aspersion d’insecticides dans les forêts, que dalle.

La victime d’un requin passe pour un héros, celle d’une tique fait sourire.

Moralité : pour connaître son quart d’heure de célébrité, mieux vaut être mordu par une grosse bête que par une petite.

 

Conte de Noël

Noël, c’est la fête de famille par excellence.

« Et la famille, c’est nous ! » clament les parents de Lionel. Ceux de Marie-Paule, son épouse, revendiquent malheureusement le même mot d’ordre.

En conséquence, passer le réveillon chez les premiers, c’est assurément vexer durablement les seconds.

Quant à réunir les deux familles, c’est impensable : les uns sont très à gauche, les autres très à droite, on risque le pugilat, voire pire. Un triste exemple à donner aux enfants, surtout un soir de Noël.

Lionel et Marie-Paule ont trouvé à cet épineux problème familial une solution boiteuse, mais une solution tout de même : réveillonner d’abord chez les parents de Lionel, ensuite chez ceux de Marie-Paule. L’année suivante, on fait le contraire, dans un souci d’équité.

Pour le jeune couple, c’est une corvée, car les premiers habitent à cinq cents kilomètres au nord de chez eux, les seconds à cinq cents kilomètres au sud.

Seuls les enfants trouvent amusant de découvrir deux fois de suite leurs cadeaux sous des sapins identiques.

Au retour de ces doubles festivités, Lionel, la digestion alourdie par deux dindes aux marrons successives, sans compter le foie gras, les chocolats et le champagne, s’endort au volant.

Bilan : quatre morts.

Au moins, les deux familles seront-elles réunies pour les funérailles.

(publié sur ventscontraires.net)

Dostoïeveski est-il encore publiable ?

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Cher monsieur Dostoïevski,

Nous avons lu votre roman intitulé “Crime et châtiment” avec toute l’attention requise.

Permettez-moi d’abord de vous dire que le titre ne tient pas ses promesses : le crime arrive beaucoup trop vite, le châtiment n’en finit plus ! (Si tant est, d’ailleurs, que les divagations et autres états d’âme de Raskolnikov constituent un châtiment.)

À propos de Raskolnikov, je vous suggère un nom mieux adapté si vous persistez dans votre intention d’écrire du “polar”. Tom, Bill ou Sam, par exemple, éviterait à vos lecteurs de s’écorcher la langue. De même, transposez plutôt votre histoire à New York ou à Chicago. La majorité de nos lecteurs ignore où se trouve Saint Petersbourg.

Si vous souhaitez nous présenter à nouveau votre ouvrage, permettez-moi de vous donner quelques conseils : pour commencer, faites durer un peu le plaisir avant d’assassiner la vieille usurière. Et soyez plus précis dans la description du crime lui-même : nos lecteurs apprécient les détails saignants, le “gore”, surtout n’ayez pas peur d’en rajouter. Avec sa hache, Raskolnikov devrait au moins lui trancher une main, une oreille ou un bras ; il est impératif que le sang éclabousse les murs.

De même lorsque Tom/Raskolnikov tue Elisabeth surgie inopinément au moment du crime (un jolie idée) pourquoi ne la violerait-il pas ? Ante, ou post mortem à votre convenance. Au point où il en est, il se sera pas condamné plus lourdement et nos lecteurs apprécieront la scène. La dimension sexuelle est en effet très absente de votre manuscrit si l’on excepte quelques allusions au fait que Sonia se prostitue.

Une piste que vous n’exploitez pas assez : nos lecteurs ont envie d’en savoir plus : Sonia a-t-elle une ou des “spécialités” ?  Accepte-t-elle la sodomie ? autant de questions sur lesquels glisse votre manuscrit pour s’attarder longuement sur des considérations philosophico-socialo-religieuses qui n’intéressent plus personne aujourd’hui, croyez-en mon expérience d’éditeur.

Éliminez sans pitié tous les personnages qui n’apportent rien à votre récit. Le médecin, la servante, la mère, la sœur et son fiancé. Concentrez-vous sur l’intrigue, faites commettre d’autres crimes à Tom/Raskolnikov de façon qu’il devienne “le tueur à la hache” recherché par le FBI qui met sur l’affaire ses meilleurs profilers. Là, vous tiendrez quelque chose.

Quant aux policiers, on ne les “sent” pas du tout. Ils doivent être plus durs, sujets à des doutes existentiels, préoccupés par leur divorce et la garde des enfants. Inspirez-vous, si nécessaire, des séries qui passent à la télé.

Alors au travail, monsieur Dostoïevski ! Remusclez-nous un peu tout ça avec un seul objectif : tenir le lecteur en haleine et lui foutre les boules. À ce compte-là seulement vous pourrez vous prétendre écrivain.

(Deux poids,) deux mesures…

 La fin du mètre ?

Certains journalistes semblent abandonner un système métrique qui faisait pourtant ses preuves depuis 1791, au profit d’une unité de mesure incertaine quoique populaire : le terrain de football.

Je viens de lire dans un magazine : “la longueur du nouveau porte-conteneurs représente quatre terrains de football mis bout à bout !”

J’ai vérifié : quatre terrains de foot mis bout à bout, cela fait 480 mètres selon certaines normes, 360 selon d’autres puisque l’on nous précise que la longueur du terrain peut être comprise entre 90 et 120 mètres…  L’IFAB (International Football Association Board), préconise quant à elle, 100 ou 110 mètres maximum.

À  cette aune improbable, la galerie des glaces du château de Versailles est longue à peu près comme les 2/3 d’un terrain de football, et la cathédrale de Strasbourg culmine environ à un terrain de football et demi.

Si toutefois vous n’êtes pas amateur de sport, je vous conseille de mesurer en Tour Eiffel (324 mètres) ou en Airbus A 380 (72.20 mètres) Ça se pratique aussi.

Le Mont Blanc s’élève dès lors à un peu moins de 15 Tour Eiffel et, à 80 centimètres près, la galerie des glaces fait la longueur d’un Airbus A 380 !

Pour les petites dimensions, évidemment, c’est un peu plus compliqué, mais il suffit de savoir qu’une voiture de taille moyenne représente un vingt-cinquième de terrain de football, ou si vous préférez, 16 ballons alignés. Le diamètre du ballon quant à lui correspondant, comme chacun sait, au quart du dix millionième du méridien terrestre.

Suissitude

Une nuit sur le Matterhorn.

 

Surpris par l’orage, je fus contraint de bivouaquer, une nuit, sur le flanc aride du Matterhorn.

Un frottement régulier, insistant, me tira du sommeil. J’ouvris les yeux pour découvrir une centaine de nains barbus, suspendus à des cordes, qui frottaient activement le granit verglacé et balayaient les névés. J’interpellai celui qui paraissait être leur chef.

— Cette opération de nettoyage est indispensable si nous voulons offrir aux touristes un panorama étincelant, me répondit-il.

Le secret de ces paysages suisses, parmi les plus beaux du monde, venait donc de m’être incidemment révélé. Je demandai à mon interlocuteur si l’emploi à cette tâche de personnes verticalement défavorisées correspondait à une politique de la Confédération Helvétique en faveur des handicapés. Il me toisa :

— Laissez tomber le politiquement correct, mon vieux ! Vous pouvez parler de nains. Car, sachez-le, l’extraordinaire prospérité de la Suisse, ce sont les nains !

— Vraiment ?

— À votre avis, qui seul est capable d’assembler les rouages microscopiques des montres qui ont fait notre réputation ? Qui fourre nos plus fins chocolats ? Qui, enfin, trotte à son aise dans le sous-sol confiné de nos banques ? Les nains, monsieur, toujours les nains ! Notre devise nationale n’est-elle pas : “Nain pour tous, tous pour nain” ?

L’invention du siècle

Né au début de la seconde moitié du vingtième siècle, j’ai vu décoller le Spoutnik, voler le Concorde, marcher sur la lune, opérer à cœur ouvert, fonctionner les premiers ordinateurs domestiques et téléphoner n’importe quand, de n’importe où.

Mais à mes yeux, la seule véritable révolution technologique des cinquante dernières années, c’est la couette.

Rappelez-vous ! Autrefois, on bordait soigneusement le drap de dessus avant d’en ramener un tiers sur la couverture. C’était tout un art ; il convenait que le tissu fût exempt du moindre pli. Les bonnes ménagère partageaient avec les militaires un goût pervers pour ces lits faits “au carré” dans lesquels on se glissait – en pyjama il va sans dire -, comme la lettre dans son enveloppe, pour un sommeil calibré. Quant au sexe, ce dispositif contraignant n’autorisait que la position du missionnaire. Et encore.

La couette a balayé ces coutumes ancestrales. Molle, ludique et décontractée, elle couvre sans les brider les ébats amoureux et diffuse une chaleur d’édredon sans en avoir le disgracieux volume. Il suffit d’un geste pour qu’elle dissimule le coupable désordre du lit.

Voilà ce que j’appelle un progrès, un véritable pas en avant dans l’histoire de l’Humanité.

Vous vous plaignez d’avoir failli devenir fou, en essayant de glisser votre couette dans sa housse ? Essayez donc de changer un pneu crevé au bord d’une nationale, de nuit, sous la pluie, et on en reparlera.