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Actualité Colin Thibert

Conte de Noël

Noël, c’est la fête de famille par excellence.

« Et la famille, c’est nous ! » clament les parents de Lionel. Ceux de Marie-Paule, son épouse, revendiquent malheureusement le même mot d’ordre.

En conséquence, passer le réveillon chez les premiers, c’est assurément vexer durablement les seconds.

Quant à réunir les deux familles, c’est impensable : les uns sont très à gauche, les autres très à droite, on risque le pugilat, voire pire. Un triste exemple à donner aux enfants, surtout un soir de Noël.

Lionel et Marie-Paule ont trouvé à cet épineux problème familial une solution boiteuse, mais une solution tout de même : réveillonner d’abord chez les parents de Lionel, ensuite chez ceux de Marie-Paule. L’année suivante, on fait le contraire, dans un souci d’équité.

Pour le jeune couple, c’est une corvée, car les premiers habitent à cinq cents kilomètres au nord de chez eux, les seconds à cinq cents kilomètres au sud.

Seuls les enfants trouvent amusant de découvrir deux fois de suite leurs cadeaux sous des sapins identiques.

Au retour de ces doubles festivités, Lionel, la digestion alourdie par deux dindes aux marrons successives, sans compter le foie gras, les chocolats et le champagne, s’endort au volant.

Bilan : quatre morts.

Au moins, les deux familles seront-elles réunies pour les funérailles.

(publié sur ventscontraires.net)

(Deux poids,) deux mesures…

 La fin du mètre ?

Certains journalistes semblent abandonner un système métrique qui faisait pourtant ses preuves depuis 1791, au profit d’une unité de mesure incertaine quoique populaire : le terrain de football.

Je viens de lire dans un magazine : “la longueur du nouveau porte-conteneurs représente quatre terrains de football mis bout à bout !”

J’ai vérifié : quatre terrains de foot mis bout à bout, cela fait 480 mètres selon certaines normes, 360 selon d’autres puisque l’on nous précise que la longueur du terrain peut être comprise entre 90 et 120 mètres…  L’IFAB (International Football Association Board), préconise quant à elle, 100 ou 110 mètres maximum.

À  cette aune improbable, la galerie des glaces du château de Versailles est longue à peu près comme les 2/3 d’un terrain de football, et la cathédrale de Strasbourg culmine environ à un terrain de football et demi.

Si toutefois vous n’êtes pas amateur de sport, je vous conseille de mesurer en Tour Eiffel (324 mètres) ou en Airbus A 380 (72.20 mètres) Ça se pratique aussi.

Le Mont Blanc s’élève dès lors à un peu moins de 15 Tour Eiffel et, à 80 centimètres près, la galerie des glaces fait la longueur d’un Airbus A 380 !

Pour les petites dimensions, évidemment, c’est un peu plus compliqué, mais il suffit de savoir qu’une voiture de taille moyenne représente un vingt-cinquième de terrain de football, ou si vous préférez, 16 ballons alignés. Le diamètre du ballon quant à lui correspondant, comme chacun sait, au quart du dix millionième du méridien terrestre.

Vous n’en avez pas marre de l’affaire Cahuzac ?

La complainte de madame Cahuzac

 

Après monsieur de Cahuzac

Bêt’ment surpris la main dans l’sac,

Ce fut au tour de son épouse

De faire parler d’elle dans les niouzes.CAHUZAC PINOCCHIO

Elle aussi, nous apprit la Presse,

Au fisc brûlait la politesse,

En détournant sur un compte suisse

De très illicites bénéfices…

Toujours payés en numéraire,

Les Cahuzac étaient prospères,

Pratiquant l’implant capillaire,

Dont ils étaient devenus experts.

Mais leur amour battait de l’aile,

Ressentiment, aigreur et fiel,

Quand le divorce fut consommé,

Chacun partit de son côté.

Que cette histoire serve de leçon

Aux femmes soucieuses de leur pognon :

Ouvrir un compte  à l’étranger,

C’est prudent quand on est marié.

A MOI COMPTE

La fouine et l’intendant

Le bon monsieur de Cahuzac

En sa clinique chic et chère

Pratiquait l’implant capillaire.

Et gagnait des millions au black.

Pour soustraire son argent au fisc

Il se rendit un jour en Suisse,

C’était dit-on sûr et sans risques,

À la clé, de gros bénéfices.

Entre temps nommé intendant

Des finances, par le Président,

Il exerça son ministère

Sans barguigner, d’une main de fer.

Mais un journaliste, une fouine,

Sans se fier à sa bonne mine,

Creusa, chercha et découvrit

Le compte caché en Helvétie…

Moralité :

Vous qu’infligez au contribuable

Autant d’impôts que de leçons,

Prenez garde d’être irréprochables

Sinon gare au r’tour de bâton !

 

© colin thibert
© colin thibert

CAHUZAC

CAHUZAC

CAHUZ 1

UN FAIT DIVERS

FAIT DIVERS AVEC ANIMAL

Le 30 mars 2013, un individu armé d’une tronçonneuse a tranché une défense au squelette d’éléphant du Museum d’Histoire Naturelle. (C’est absolument véridique)

Voici la plaidoirie que je suggère à son avocat.

Le drame qui nous réunit aujourd’hui dans ce tribunal, est imputable à la mère de mon client, aujourd’hui décédée. En privant son enfant de la tendresse à laquelle il avait droit, comme tout un chacun, elle l’a poussé sur le banc des prévenus ! Oui, monsieur le Président, j’accuse cette femme de n’avoir pas accompli son devoir de mère en refusant systématiquement à son fils, mon client, de lui acheter les albums de Babar, ou même une peluche du susnommé. Plus tard, en dépit de ses supplications, jamais elle ne l’a emmené au zoo ! Il aurait pu se contenter des documentaires animaliers de la télévision, me direz-vous, mais cette mère indigne préférait boire ses allocations plutôt que de payer sa redevance.

Aussi, lorsque mon client, entré par hasard au Museum d’Histoire Naturelle, s’est trouvé devant le squelette de l’éléphant, son sang n’a fait qu’un tour, il a vu rouge et, se remémorant sa triste jeunesse privée d’éléphants, il a tranché d’un coup de tronçonneuse vengeur la défense qui pointait, – ironiquement, lui a-t-il semblé -, dans sa direction.

S’il transportait une tronçonneuse, objecterez-vous, c’est qu’il avait prémédité son geste. Que nenni, monsieur le Président ! Mon client, comme beaucoup de gens, a peur des agressions. Mais pour un revolver, un permis est nécessaire, alors que le port de la tronçonneuse n’est soumis à aucune restriction légale.

Je réclame donc la relaxe pure et simple de mon infortuné client.

 

Le juge : le 30 mars dernier, armé d’une tronçonneuse, vous vous êtes rendu au Museum d’Histoire Naturelle, où avez tranché une défense au squelette de l’éléphant. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ce geste insensé ?

Le prévenu : Monsieur le Président… Vous est-il arrivé de d’avoir des problèmes de… d’érection ?

Le juge : Dans ce tribunal, jeune homme, c’est moi, et moi seul qui pose les questions. Poursuivez.

Le prévenu : Parce que moi, de ce côté-là, c’est pas la joie. J’ai essayé des tas de médicaments mais ça n’a rien donné. Un jour, un pote m’a parlé de la corne de rhinocéros. C’est un truc chinois, infaillible. Voyez combien ils sont, les Chinois ! Bon, le problème, c’est que ça coûte bonbon et moi, je suis au RSA. Tant pis, j’ai décidé : j’en volerai une ! Mais le zoo de Vincennes est fermé et au Jardin de Plantes, y a pas de rhino. Alors je me suis souvenu du Museum d’Histoire Naturelle… Et puis une fois sur place, je me suis dit : qui c’est qu’en a une encore plus grosse que le rhinocéros ? Alors j’ai choisi l’éléphant !

 

 

 

 

CHAGRIN (peau de)

Dans le hit-parade des mots les plus fréquemment employés par les medias, CHAGRIN occupe désormais une place de choix.

Il ne s’agit pas de celui des Belges (ceux qui ont lu Hugo Claus apprécieront) encore moins de celui des Syriens face à ce qui reste de leur pays.

Non, il s’agit de la fameuse peau de chagrin.

On l’emploie à toutes les sauces : « Le montant de pensions réduit comme peau de chagrin… La surface des terres agricoles réduit come peau de chagrin… Les glaciers, victimes du réchauffement climatique, réduisent comme peau de chagrin ». Celle-là, je l’ai entendue récemment au JT d’une chaîne publique.

Si Balzac touchait des royalties chaque fois que son titre est employé, ou plutôt galvaudé, il serait enfin millionnaire.

Posez la question autour de vous. Demandez donc pourquoi on dit : « Réduire comme peau de chagrin ». Vous n’allez pas être déçu.

Je vous donne quelques éléments de réponse :

La peau de chagrin n’a rien à voir avec votre belle-mère. Vous confondez avec peau de vache.

La peau de chagrin n’est pas celle de votre joue que vous pincez chaque matin, entre le pouce et l’index, pour en constater la perte d’élasticité.

Le chagrin n’est pas non plus un petit rongeur de la pampa dont la peau rétrécit quand on l’expose au soleil.

Ce n’est pas, enfin, un requin mangeur d’homme dont on tannerait le cuir. Là, vous confondez avec le galuchat. (« Dans la cour de l’école, des enfants vêtus de blouses grises  jouaient aux barres ou à galuchat perché. » – Alain Fournier, « le Grand Meaulnes ».)

Le chagrin est bien un cuir. Pas une liaison « mal-t-à propos », non, une véritable peau de chèvre, de veau, de mouton, ou d’âne, finement grenée. Sans doute selon un procédé inventé par les Turcs qui s’y connaissent en tannage, puisque le mot trouve son origine dans leur langue. « Sâgri »  nous a donné « chagrin ».

Lorsque Barbara (en général, les médias précisent : « La grande dame de la chanson française », comme il est convenu de dire « La plus belle avenue du monde » pour les Champs Elysées) chante : « Le ciel de Nantes rend mon cœur chagrin » elle use d’un adjectif en voie de disparition. Qui dit encore : « Je suis d’humeur chagrine » ? On préférera aujourd’hui : « J’ai carrément la tête dans le cul. ».

Quoi qu’il en soit, un cœur chagrin est bel et bien un organe qui s’atrophie…

Petite actualité littéraire Colin Thibert

Ce petit récit est paru chez G.d’encre, un éditeur suisse. Il a été récompensé en 2011 par le prix Gasser.

"Qu'elle était verte mon absinthe" -  récit

 

 

 

 

 

 

 

 

Sortie aux Éditions Thierry Magnier de : “Samien la conquête de la planète froide”

 

 

 

 

 

 

 

Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi, c’est la suite des aventures de Samien paru en 2011. Et il ne coûte que 20 centimes d’euro de plus alors qu’il est plus étoffé de 7 pages ! Qui a parlé d’inflation ?

Petit conseil boursier.

Je ne sais pas si ça vous a frappé, mais l’accent circonflexe est en train de devenir à l’orthographe ce que les herbes de Provence sont à la cuisine : on en fourre partout.

Ainsi la deuxième personne du pluriel du verbe « faire » est désormais affligée d’un circonflexe dans 80% des cas, par analogie, sans doute, avec le faîte du toit ?

Lequel toit s’en est chopé un, lui aussi. Dans l’esprit du fauteur, toît est sans doute plus crédible que toit qui conviendrait éventuellement à un toit plat, certainement pas à un « toît » à double pente, tel qu’on en voit sur tous les pavillons de l’hexagone.

Ce fameux accent circonflexe représente une consonne ancienne : ainsi le « s » dans « feste », ou dans « mast » devenus fête et mât. La consonne est passée à la trappe mais, telle l’âme des disparus, son esprit survit sous la forme de ce petit oiseau piqué en vol stationnaire au dessus de la voyelle. C’est très poétique, mais ce n’est pas un raison pour en mettre à tour de bras.

On notera, a contrario, que l’huître perd souvent le sien, de circonflexe. Il vient pourtant lui aussi d’un orthographe ancienne : uistre. Qui n’a rien à voir avec les cuistre dont on dit volontiers qu’il a une face d’huître.

Si les dégâts sont limités, s’agissant de « faîtes » ou de « toît » la confusion entre cote et côte, désormais fréquente, peut être carrément dangereuse. Demandez donc : « Un ballon de cotes ! » chez le bougnat du coin, pour voir. Qu’est-ce qu’on va vous servir ? Les derniers chiffres du Cac 40 dans un petit verre ?

De même, si votre installateur de survitrages vous déclare « Monsieur, vos côtes sont fausses » allez-vous vous indigner en l’assurant que jamais vous n’avez subi de chirurgie esthétique ou réparatrice ? Je viens de lire, dans le très respectable Figaro, un article intitulé : “La côte de François Hollande en chute libre” ! Putain ! C’est Valentin le Désossé !

On remarque également que peu de gens font la différence entre tâche et tache. C’est regrettable. Si je dis : “Pauvre tache, tu ferais mieux d’accomplir ta tâche !” serais-je    compris ?

De retour d’un séjour en Croatie, il y a quelques années de cela, j’avais été frappé de constater à quelle point la langue croate est pauvre en voyelles. Je citerai, par exemple, l’île (avec circonflexe) de Krk ou le massif de Krs.

Ému, j’avais alors proposé à tous mes amis écrivains d’envoyer en Croatie leurs voyelles excédentaires. Ça ne leur aurait pas coûté grand chose, mais je n’ai pas été entendu et je le déplore.

Aujourd’hui, en ces temps de crise, l’heure n’est plus à la charité mais à la débrouille et à la spéculation. C’est pourquoi je vous dis : «  Suivez mon conseil, tant qu’il est encore gratuit ! Achetez massivement de l’accent circonflexe, les cours vont encore grimper ! »