Category Archives: ACTU

Actualité Colin Thibert

Un malheur n’arrive jamais seul

On a eu les attentats, est-ce qu’on avait besoin de ça, en plus ?
Jeff Koons offre à Paris une œuvre monumentale, “Bouquet of Tulips”, “symbole du souvenir”

L’artiste américain Jeff Koons a annoncé le 21 novembre qu’il offrira à la Ville de Paris “Bouquet of Tulips”, une œuvre monumentale originale qui se veut “un geste d’amitié entre le peuple américain et le peuple français” et un “symbole du souvenir” après les attentats.

L’œuvre de dix mètres de haut, en bronze, acier inoxydable et aluminium, encore à produire, représente une main tenant des tulipes multicolores qui “symbolise l’acte d’offrir”, a affirmé la star de l’art contemporain devant la presse à l’ambassade des Etats-Unis.

Bouquet of Tulips de Jeff Koons

Moutons, moutons, auriez-vous donc une âme ?

DNA, édition du 15 novembre 2016

GIRONDE : Un nonagénaire meurt tué par un mouton

Le mouton-tueur devrait être euthanasié prochainement. Ne le voyant pas revenir de sa promenade, les proches d’un homme de 94 ans sont partis à sa recherche, ce lundi, peu avant midi, à Cestas (Gironde). C’est là qu’ils ont fait la macabre découverte, rapporte Sud Ouest.Le corps du nonagénaire, contusionné au niveau des genoux et du visage, gisait au bord d’un chemin. Des experts ont été appelés par les gendarmes, et en ont conclu que le promeneur… avait été attaqué par un mouton.

Coups de tête et de sabot

L’animal l’aurait fait tomber, puis lui aurait donné des coups de sabot et de tête.Le mouton appartient à un homme chez qui se rendait le nonagénaire pour lui acheter du bois.Il est très agressif, selon Sud Ouest, qui ajoute qu’il a même attaqué une élue venue réconforter la famille de la victime.Blessée, cette femme a été conduite aux urgences. Le mouton devrait être euthanasié très prochainement.

La victoire de Trump fait trembler la démocratie sur ses bases, les bombes pleuvent sur Alep, les Allemands viennent de démanteler une cellule terroriste active, mais en France, on vit des événements autrement tragiques.

Des quatre ou cinq articles parus sur cet émouvant sujet j’ai choisi le pire, en termes rédactionnels. Admirez la syntaxe : ” Le mouton appartient à un homme chez qui se rendait le nonagénaire pour lui acheter du bois. Il est très agressif“.

La photo qui illustre l’article m’a laissé pantois : il ne s’agit pas en effet du mouton tueur, (dont tout le monde serait tombé d’accord pour dire : “il a bien une tête d’assassin !” mais d’un mouton lambda emprunté à une banque d’images. Le tueur est probablement un bélier travaillé par ses hormones, ainsi que le suggère un autre quotidien (le mouton est tout de même réputé pour sa passivité) mais les journalistes ne sont pas à une inexactitude près.

Ce lamentable fait divers est surtout, à mes yeux un objet de scandale : quoi ? On va euthanasier un pauvre ruminant au motif qu’il a tué un quasi centenaire ? Sans  s’interroger sur ses motivations, sans même lui laisser la possibilité de se défendre ? On peut se gausser du Moyen Âge, au moins les animaux avaient droit à un procès avant d’être exécutés, à la hache ou sur le bûcher, comme Jeanne d’Arc qui était une oie blanche.

J’ai d’ores et déjà lancé une pétition sur Internet : “Sauvez le mouton tueur !” Elle a recueilli ma signature.

Et je vais me permettre, ici, de prendre la défense de l’accusé.

” Mesdames et messieurs les jurés, monsieur l’avocat général, monsieur le Président… Regardez l’animal qui rumine paisiblement dans le box des accusés ! Ressemble-t-il à un coupable ? Non ! À un assassin ? Encore moins ! Son regard, mesdames et messieurs, est aussi vide que celui de Loanna, sa laine aussi immaculée que son âme (Non, pas celle de Loanna). Oui, j’ai bien parlé d’âme ! Car accuser cet animal de crime, c’est admettre qu’il dispose d’une conscience, c’est donc reconnaître qu’il a une âme, CQFD. Si, à l’instar de notre sainte mère l’Eglise, vous croyez les quadrupèdes dépourvus d’âme, alors rendez mon client à ses chers pâturages ! Laissez-le engraisser sereinement jusqu’à l’Aïd.

C’est un bon geste, un geste humain, charitable, qui vous vaudrait, monsieur le Président la sympathie des ligues de défense des animaux, Brigitte Bardot en tête. Je sais ! On accuse également mon client – résolument bouc émissaire plus qu’ovidé –  d’avoir molesté une élue. Une élue ?! Expliquez-moi comment un mouton peut distinguer, pardonnez-moi le rapprochement, une fermière d’une élue ?! Même ceinte de son écharpe tricolore. C’est prêter à mon client une intelligence, une perversité dont il est dépourvu après une enfance difficile entre un père toujours absent et une mère tondue régulièrement…

Le motif de l’accusation est : “coups et blessures ayant entraîné la mort”. Permettez-moi de sourire. Oui, de sourire. Quel était l’âge de la victime ? Nonante-quatre ans ! À un âge aussi avancé, il suffit d’un souffle pour jeter à terre votre frêle carcasse. Que mon client ait bousculé par inadvertance un homme qui tenait à peine sur ses jambes, je veux bien l’admettre et il s’en excusera, mais qu’il l’ait tabassé, délibérément, de sang froid, non ! Mille fois non ! Dans quel but d’ailleurs ? Pour lui piquer sa carte bleue ? Son téléphone ? Son dentier ? Son Sonotone ? Allons, allons, soyons sérieux !

“Il s’est acharné à coups de corne” sur le malheureux précise la Presse. Le sang, la violence, ça fait vendre du papier, nous le savons tous. Seulement le drame s’est déroulé sans témoins. Ce sont là pures spéculations de journalistes avides de sensationnel. Et puis, dites-moi, s’il a des cornes, c’est donc un bélier ? Or si c’est un bélier, mesdames et messieurs les jurés, nous barbotons en pleine erreur judiciaire, c’est un faux coupable qui occupe le box des accusés, car l’animal qui se tient devant nous est un mouton ! Il peut vous le prouver à l’instant en baissant son pantalon… Comment, monsieur le Président ? Ce serait insulter votre dignité et celle de ce  tribunal ? Soit. Poursuivons. Quel griefs peut avoir un mouton à l’endroit d’un nonagénaire qu’il ne connaissait ni d’Eve, ni d’Adam, je vous le demande ? Il faudrait en outre faire la preuve que mon client ruminait – si je puis dire – sa vengeance depuis longtemps et qu’il a soigneusement choisi son moment pour la mettre en œuvre. Je n’y crois pas.

Dois-je maintenant vous rappeler que la peine de mort a été abolie dans notre pays ? Et que la loi vaut pour tous, moutons compris. Or vous voilà prêts à euthanasier mon client ! En parlant d’euthanasie, qui nous dit, d’ailleurs, que le nonagénaire, lassée de traîner une vieillesse scrofuleuse et sans joie n’a pas demandé à mon client de lui rendre le service de passer de vie à trépas ? (murmures indignés dans la salle, le Président réclame le silence) Quoi ? Il y a des gens qui vont en Suisse ou en Belgique pour cela. Ce vieillard n’en avait certainement pas les moyens. Ne sommes-nous pas, en fin de compte, devant une forme inédite d’euthanasie rurale ?… Je vous invite à ne pas laisser cette hypothèse de côté à l’instant de rendre votre verdict.

Songez, enfin, à la dimension psychanalytique de cette affaire : si l’on peut comprendre la douleur d’une famille brutalement privée de son doyen – sauf à imaginer que ce dernier laisse derrière lui une coquette fortune – est-il raisonnable de sacrifier l’animal fautif sur l’autel de la vengeance ? N’est-on pas en train d’appliquer une sorte de loi du Talion qui plonge ses racines dans des temps reculés, à une époque où l’on immolait à la chaîne poulets, ovidés, bovidés et vierges innocentes dans des flots de sang et torrents de       fumée ?! Serions-nous encore des Barbares ? Le Christ lui-même ne nous -a-t-il pas encouragés à renoncer à ces pratiques cruelles ? Ne s’est-il pas comparé à un berger dont nous serions le troupeau ? Oui, un berger ! N’est-il pas volontiers représenté un agneau sur les épaules ? Comment ? Non, ce n’est pas son casse-croûte qu’il emporte avec lui !… Monsieur le Président, je vous somme de récuser le juré qui vient de proférer ce commentaire inepte !

Halloween

Apparue en France dans les années 90, vilipendée par le clergé, considérée avec méfiance à l’instar de tous les produits venus d’Amérique, la fête d’Halloween s’est plus ou moins imposée sans connaître, toutefois, le succès du Coca-Cola ou du McDo. On ne peut que le regretter. En effet, quoi de plus charmant que ces bandes d’enfants maladroitement costumés en zombies, loups-garous, vampires ou sorcières tirant les sonnettes dans l’espoir d’obtenir quelque friandise. Quel joie de leur offrir, en échange de leur lamentable prestation, les chocolats de qualité inférieure envoyés par la tante Berthe à Noël dernier ou les caramels retrouvés collés au fond de la vieille malle de l’oncle Alfred, encore que ce ne soient peut-être pas des caramels, le grenier étant habité par plusieurs espèces de rongeurs. En nous débarrassant gracieusement de nos rebuts alimentaires, les enfants d’Halloween assument une véritable fonction écologique que l’on aurait tort de minimiser.

Quel bonheur aussi de reconnaître, parmi ces galopins, les deux fils de Jacques Blédard, votre voisin, qui vous prend de haut parce qu’il roule en 4X4 et travaille dans la finance, et de leur refiler, à chacun, une généreuse part du gâteau au hasch que vous avez pris soin de confectionner la veille. Ça va planer sévère chez les Blédard.

Il me semble pourtant qu’il manque encore quelque chose à Halloween pour devenir une fête à part entière dans le folklore hexagonal. Je veux parler de la french touch. Au lieu de les gaver de bonbons riches en produits cancérigènes, en graisses porcines obtenues par des moyens contre nature et en huile de palme responsable de la destruction d’écosystèmes entiers, ne pourrait-on joindre le ludique à l’économique et saisir l’occasion de leur faire découvrir un produit du terroir ? Non, ce n’est pas à la pomme – au demeurant saturée de pesticides- que je pensais, mais au vin. Rouge ou blanc. Rien d’excessif. Un petit verre chacun. Deux s’ils apprécient.

Les mômes allant de maison en maison, on les verrait bientôt tituber au milieu de la rue en braillant des chansons de salle de garde, puis vomir dans les fossés où leurs parents n’auraient plus qu’à les récupérer, fatigués mais heureux, et riches d’une nouvelle expérience gustative. Quinze jours plus tard, ils seraient à nouveau d’attaque pour savourer le beaujolais nouveau, en famille ou au bistrot.

Petitions

Les pétitions ont pris sur Internet une ampleur démesurée. J’ai commis l’erreur d’en signer quelques unes, au début, pour protester contre le massacre des Syriens et le génocide des abeilles, pour soutenir la cause homosexuelle ou celle des écologistes. Depuis, on ne cesse de solliciter ma signature. Pour tout et n’importe quoi. À tout bout de champ. Un site est désormais dédié aux pétitions. En trois clics vous lancez la vôtre ! Votre mari vous trompe, pétition. Votre patron ne vous paie pas à votre juste valeur, pétition. Le chien de votre voisin a chié sur votre paillasson, pétition. Votre fille a eu une mauvais note à l’école, pétition. Il pleut depuis une semaine, pétition. Les Français qui aiment râler ont trouvé là un outil pratique et inusable. Même plus besoin de sortir de chez soi. J’envisage de lancer une pétition contre les pétitions. Merci de signer ci-dessous.

Les fautes de syntaxe à l’origine du réchauffement climatique.

Une très sérieuse étude du GIEC, relayée par une enquête menée conjointement par la Sorbonne et l’université de Stanford le prouvent indubitablement : chaque fois que nous écorchons la langue, la planète en subit les conséquences.

Les “En cas que”, “La copine à Victor”, “Je sais pas c’est qui”, “Je suis allé au coiffeur” et autres barbarismes contribuent dangereusement à l’élévation de la température globale.

Pour le moment, les scientifiques sont incapable d’expliquer le phénomène mais il a été constaté que dans un amphithéâtre réunissant 250 personnes de 17 à 77 ans d’origines sociales diverses et discutant à bâtons rompus, il a été commis, en moyenne, 0,002 fautes de syntaxe à la minute pendant trois heures. La température s’est alors élevée de 0,004 degrés Celsius.

Il va sans dire que la langue française n’est pas la seule en cause : le polonais, le bantou et l’hindustani représenteraient, à eux seuls, 0,00007% des émissions de gaz à effet de serre.

Chagrin

Dans le hit-parade des mots les plus fréquemment employés par mes médias, CHAGRIN occupe désormais une place de choix.

Il ne s’agit pas de celui des Belges (ceux qui ont lu Hugo Claus apprécieront) encore moins de celui des Syriens face à ce qui reste de leur pays.

Non, il s’agit de la fameuse peau de chagrin.

On l’emploie à toutes les sauces : « Le montant des pensions réduit comme peau de chagrin… La surface des terres agricoles réduit comme peau de chagrin… Les glaciers, victimes du réchauffement climatique, réduisent comme peau de chagrin ». Celle-là, je l’ai entendue récemment au JT d’une chaîne publique.

Si Balzac touchait des royalties chaque fois que son titre est employé, ou plutôt galvaudé, il serait enfin millionnaire.

Posez la question autour de vous. Demandez donc pourquoi on dit : « Réduire comme peau de chagrin ». Vous n’allez pas être déçu.

Je vous donne quelques éléments de réponse :

La peau de chagrin n’a rien à voir avec votre belle-mère. Vous confondez avec peau de vache.

La peau de chagrin n’est pas celle de votre joue que vous pincez chaque matin, entre le pouce et l’index, pour en constater la perte d’élasticité.

Le chagrin n’est pas non plus un petit rongeur de la pampa dont la peau rétrécit quand on l’expose au soleil.

Ce n’est pas, enfin, un requin mangeur d’homme dont on tannerait le cuir. Là, vous confondez avec le galuchat. (« Dans la cour de l’école, des enfants vêtus de blouses grises jouaient aux barres ou à galuchat perché. » – Alain Fournier, « le Grand Meaulnes ».)

Le chagrin est bien un cuir. Pas une liaison « mal-t-à propos », non, une véritable peau de chèvre, de veau, de mouton, ou d’âne, finement grenée. Sans doute selon un procédé inventé par les Turcs qui s’y connaissent en tannage, puisque le mot trouve son origine dans leur langue. « Sâgri » nous a donné « chagrin ».

Lorsque Barbara (en général, les médias précisent : « La grande dame de la chanson française », comme il est convenu de dire « La plus belle avenue du monde » pour les Champs Elysées) chante : « Le ciel de Nantes rend mon cœur chagrin » elle use d’un adjectif en voie de disparition. Qui dit encore : « Je suis d’humeur chagrine » ? On préférera aujourd’hui : « J’ai carrément la tête dans le cul. ».

Quoi qu’il en soit, un cœur chagrin est bel et bien un organe qui s’atrophie…

Les vaches, bouc émissaire du réchauffement climatique.

(Merci à Eric Adelheim http://adelheim.fr qui m’a communiqué cet édifiant article)

Le déploiement du plan de lutte contre le réchauffement climatique aux Etats-Unis donne des ailes aux chercheurs, qui réfléchissent à des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre par les « vaches propres ». L’animal, qui émet beaucoup de méthane, est lui aussi responsable — malgré lui — du réchauffement climatique.

 

VACHES2
Le président américain, Barack Obama, qui s’est fixé pour objectif de réduire de 17 % d’ici à 2020 les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis, a proposé fin mars un plan de réduction des émissions de méthane, qui constituent 9 % des émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis. Composé d’une batteries de mesures, notamment législatives, le plan vise essentiellement les énergies fossiles, mais également l’agriculture.
Le gouvernement américain va entre autres encourager les éleveurs à installer des systèmes de récupération et de réutilisation du méthane au sein des exploitations.
Boostés par ces dispositions gouvernementales, des scientifiques ont relancé leurs recherches dans la quête de la « vache du futur », espèce bovine « propre » en méthane, qui ne rejetterait que peu ou prou de ce gaz naturel dont l’effet de serre peut être jusqu’à 84 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone, principale source du réchauffement climatique, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
L’agriculture est le secteur qui émet le plus de méthane (36 % des émissions totales), principalement à cause de la production laitière. Le fumier produit par les vaches en émet en quantité en se décomposant, par exemple quand il est répandu dans les champs. Mais il est également produit par les flatulences bovines.
Pour Juan Tricarico, directeur du Centre américain d’innovations pour les produits laitiers, de l’institut de recherche de l’Illinois, s’attaquer à ce problème est une priorité. Selon lui, la « vache de l’avenir » n’est pas une chimère. Equipé de pilule antiméthane, ou d’un sac à dos à gaz — une équipe argentine travaille sur ce projet —, l’animal pourrait voir ses émissions de méthanes réduites à néant.  Mais les obstacles financiers sont trop nombreux pour le déploiement au niveau national d’une telle technologie, encore plus sans financement public.
La solution pourrait aussi passer par une approche totalement repensée du mode d’alimentation des vaches. Nourries en partie de basilic, ou à l’aide de granulés faciles à digérer, l’impact sur les émissions de méthanes dans l’air pourrait être spectaculaire. « Quatre-vingt-dix-sept pour cent du gaz produit par les vaches est évacué sous forme de rots », explique Juan Tricarico au Financial Times.

 cowboy

VACHES1

À cheval sur l’orthographe

Une mesure salutaire

Face à la dégradation catastrophique de l’orthographe, le gouvernement s’est enfin décidé à réagir. Fermement, durablement. Avec le concours actif de la NSA, tous nos messages écrits, toutes nos lettres, même nos listes de courses seront passés au crible. Gare aux fautes !

Calquée sur le principe du permis de conduire à points, une échelle de sanctions a été élaborée :

“S” oublié à un pluriel et faute d’accord : un point et 25 € d’amende.

Faute d’accent ou accentuation fantaisiste : deux points et 30 € d’amende.

Participe passé confondu avec un infinitif : trois points et 60 € d’amende.

Fautes de syntaxe : trois points et 80 € d’amende.

Pléonasmes, barbarismes et solécismes : quatre points et 100 € d’amende.

“Soupirails” au lieu de soupiraux : quatre points et 110 € d’amende.

Chrysanthème sans “y” ou sans “h” : cinq points et 150 € ‘amende.

Une fois perdus vos 12 points, vous ne serez plus autorisés à communiquer par écrit. Seul un stage orthographique intensif suivi d’une dictée sévèrement notée vous permettront de les récupérer.

SPLENDEUR ET DÉCADENCE DE L’ACCENT CIRCONFLEXE

Je ne sais pas si ça vous a frappé, mais l’accent circonflexe est en train de devenir à l’orthographe ce que les herbes de Provence sont à la cuisine : on en fourre partout.

Ainsi la deuxième personne du pluriel du verbe « faire » est désormais affligée d’un circonflexe dans 80% des cas, par analogie, sans doute, avec le faîte du toit ?

Lequel toit s’en est chopé un, lui aussi. Dans l’esprit du fauteur, toît est sans doute plus crédible que toit qui conviendrait éventuellement à un toit plat, certainement pas à un « toît » à double pente, tel qu’on en voit sur tous les pavillons de l’hexagone.

Ce fameux accent circonflexe représente une consonne ancienne : ainsi le « s » dans « feste », ou dans « mast » devenus fête et mât. La consonne est passée à la trappe mais, telle l’âme des disparus, son esprit survit sous la forme de ce petit oiseau piqué en vol stationnaire au dessus de la voyelle. C’est très poétique, mais ce n’est pas un raison pour en mettre à tour de bras.

Si les dégâts sont limités, s’agissant de « faîtes » ou de « toît » la confusion entre cote et côte, désormais fréquente, peut être carrément dangereuse.

Demandez donc : « Un ballon de cotes ! » chez le bougnat du coin, pour voir. Qu’est-ce qu’on va vous servir ? Les derniers chiffres du Cac 40 dans un petit verre ?

De même, si votre installateur de survitrages vous déclare « Monsieur, vos côtes sont fausses » allez-vous vous indigner en l’assurant que jamais vous n’avez subi de chirurgie esthétique ou réparatrice ?

 

De retour d’un séjour en Croatie, il y a quelques années de cela, j’avais été frappé de constater à quelle point la langue croate est pauvre en voyelles. Je citerai, par exemple, l’île (avec circonflexe) de Krk ou le massif de Krs.

Ému, j’avais alors proposé à tous mes amis écrivains d’envoyer en Croatie leurs voyelles excédentaires. Ça ne leur aurait pas coûté grand chose, mais je n’ai pas été entendu et je le déplore.

Aujourd’hui, en ces temps de crise, l’heure n’est plus à la charité mais à la débrouille et à la spéculation. C’est pourquoi je vous dis : «  Suivez mon conseil, tant qu’il est encore gratuit ! Achetez massivement de l’accent circonflexe, les cours vont encore grimper ! »

 

 

Indiscret

Lettre d’un banquier suisse à son client français.

 

Cher monsieur,

Vous n‘êtes pas sans savoir que des accords visant à plus de transparence fiscale ont été récemment signés entre nos deux pays.

En conséquence, je dois vous prier de clôturer le compte discret que vous aviez ouvert dans notre établissement.

Croyez-le bien, je comprends votre émotion, votre indignation peut-être, et je partage votre inquiétude à la perspective de transférer vos liquidités à Jersey, en Indonésie, voire aux îles Caïman où, ainsi que leur nom l’indique, les banquiers ont les dents longues et l’appétit féroce…

Sachez également que nous regretterons vos visites bisannuelles. Notre caissier, qui prend cette année une retraite bien méritée, m’a d’ailleurs prié de vous transmettre ses salutations.

Si par malheur la brigade financière s’intéressait de trop près à vos affaires et que vous envisagiez de commettre un acte désespéré, je me permets de vous rappeler que la Suisse est actuellement leader sur le créneau du suicide assisté. En tant qu’ancien client de la Banque, vous bénéficieriez automatiquement d’une remise de 5%. N’hésitez pas à la réclamer !

Veuillez agréer, cher monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

 

Conte de Noël

Noël, c’est la fête de famille par excellence.

« Et la famille, c’est nous ! » clament les parents de Lionel. Ceux de Marie-Paule, son épouse, revendiquent malheureusement le même mot d’ordre.

En conséquence, passer le réveillon chez les premiers, c’est assurément vexer durablement les seconds.

Quant à réunir les deux familles, c’est impensable : les uns sont très à gauche, les autres très à droite, on risque le pugilat, voire pire. Un triste exemple à donner aux enfants, surtout un soir de Noël.

Lionel et Marie-Paule ont trouvé à cet épineux problème familial une solution boiteuse, mais une solution tout de même : réveillonner d’abord chez les parents de Lionel, ensuite chez ceux de Marie-Paule. L’année suivante, on fait le contraire, dans un souci d’équité.

Pour le jeune couple, c’est une corvée, car les premiers habitent à cinq cents kilomètres au nord de chez eux, les seconds à cinq cents kilomètres au sud.

Seuls les enfants trouvent amusant de découvrir deux fois de suite leurs cadeaux sous des sapins identiques.

Au retour de ces doubles festivités, Lionel, la digestion alourdie par deux dindes aux marrons successives, sans compter le foie gras, les chocolats et le champagne, s’endort au volant.

Bilan : quatre morts.

Au moins, les deux familles seront-elles réunies pour les funérailles.

(publié sur ventscontraires.net)