All posts by pierre colin-thibert

About pierre colin-thibert

I was born january 1951 in Neuchâtel (Switzerland) though mostly lived in Paris (France) I didn't study a lot. I worked as an intaglio printer and engraver for about ten years. I briefly teached drawing and painting at the American Institute in Aix en Provence (yes, I had the skills and was not fired) became a cartoonist and illustrator before starting writing comedies fort radio, then for TV. I began writing novels ans short strories at the end of the last century and I still enjoy it.

Bambous

En juillet 2011 madame V. mon acariâtre voisine, s’est plainte dans une lettre comminatoire que les bambous qui ombrageaient ma cour eussent poussé  jusque dans sa buanderie. Voici quelques unes des réponses auxquelles elle n’a pas eu droit, eu égard à son âge avancé.

Chère madame,

Je crains de ne pouvoir satisfaire votre demande : en effet, les bambous incriminés abritent une population de nains de jardin extrêmement rares (gnomus erectus philanthropis) qu’il serait cruel de chasser de leur habitat naturel. Si toutefois ils faisaient irruption dans votre buanderie, comme les bambous l’ont fait avant eux, et se livraient à leurs facéties habituelles, je vous engage à les chasser et à m’en informer. Je les chapitrerai comme il convient.

Chère madame,

Quelle ne fut pas mon émotion en recevant de vous que je n’ai jamais rencontrée, tout juste aperçue, pâle et fragile silhouette derrière vos rideaux crasseux, penchée parfois sur un ouvrage, ou, plus prosaïquement, affalée devant la télévision, une lettre. Recommandée avec accusé de réception, certes, mais cela lui donne plus de valeur, plus de poids, l’air de dire : « Je suis là, j’existe encore malgré les années qui passent ! » Légère déception, en revanche, à la lecture d’une sombre histoire de bambous accompagnée de récriminations sans intérêt. Vous sachant presque centenaire, je suis certain, madame, que vous avez mieux à raconter ! Vos souvenirs d’une France agricole et fière de l’être doivent être captivants. Les veillées en famille, la messe de minuit où l’on se rend sous la neige avec une pauvre lanterne, le cochon que l’on saigne dans la cour où poussent aujourd’hui les bambous en question, un inceste, peut-être, à l’occasion de la Saint Jean ?… Douces mœurs campagnardes d’antan, simples et nobles valeurs paysannes, comme cela doit vous manquer dans le monde agité et mercantile qui est le nôtre… Et le petit M… votre gendre, condamné aujourd’hui à feuilleter le code civil pour emmerder ses voisins, comme il doit regretter l’époque bénie il suffisait de se rendre à la Kommandantur pour régler tous les problèmes. Mais je m’égare. Concernant les bambous, je ne sais que vous dire mais j’ai entendu raconter qu’on en tirait une fibre résistante et facile à tisser. Ce serait peut-être l’occasion, chère madame, de ressortir votre rouet ?

Chère madame,

C’est avec empressement que j’aurais accédé à votre demande d’arracher mes bambous si je n’avait un problème : en effet, j’héberge depuis quelques mois un panda qui, comme vous le savez sans doute, se nourrit exclusivement de pousses de bambou. Je me plais à croire, chère madame, que vous êtes, à l’instar de Brigitte Bardot à laquelle vous ressemblez si peu, une amie des bêtes, et que vous ne voudrez pas avoir sur la conscience la mort d’un animal innocent qui est, de surcroit, venu de Chine à pied (Non, non, ne cherchez pas là de sotte contrepèterie !) J’en appelle à votre bon sens, et surtout à votre bon cœur !

Chère madame,

Votre lettre m’a blessé. Oui, blessé. Les photos qui l’accompagnent sont choquantes. Après les avoir vues, après lu les mots si durs que vous m’adressez, j’ai dû m’aliter. Je n’ai rien pu avaler au repas du soir tant j’etais noué, et j’ai fait une poussée de fièvre. Au matin, après une nuit peuplée de cauchemars où je m’égarais dans une forêt de bambous, après avoir été poursuivi par des cisailles géantes dont vous teniez les poignées, je me suis réveillé plus patraque encore que la veille. Mes urines étaient aussi sombres que mon humeur, mes selles molles et grisâtres. Le médecin que j’ai convoqué a diagnostiqué une sévère dépression causée par un choc émotif récent. Je me permets d’insister sur ce dernier point. Un traitement long et contraignant doit être envisagé. Suivi d’une cure à La Bourboule ou à Luchon. Vous comprendrez aisément que dans de telles conditions, je ne sois physiquement pas en mesure d’arracher des bambous ainsi que vous l’exigez. Quant à prendre un jardinier, ayant lu « L’amant de lady Chatterley », je préfère m’en passer.

Chère madame,

Comme je vous comprends ! Comme il doit être déplaisant d’avoir pour voisins un couple de bobos à demi oisifs dont vous vous demandez depuis quatre ans de quoi ils peuvent bien vivre sans parvenir à répondre la question. Seule certitude, ils vivent mieux que vous qui avez pourtant trimé dur toute votre chienne de vie. Et pour quoi ? Une pension de misère qui ne vous permet même pas d’entretenir votre pauvre maison alors qu’eux, à peine arrivés, on refait le toit, changé la chaudière et percé une fenêtre à laquelle ils n’avaient même pas droit ! C’est sûr, c’est agaçant de sentir, dans leur cour, le fumet de la côte de bœuf alors que vous devez vous contenter d’un bouilli constitué de bas morceaux. Vous me direz : c’est plutôt sain, puis que vous voilà centenaire ou peu s’en faut ! A-t-on idée, d’abord, de planter des bambous en Seine et Marne ? Ces végétaux exotiques, vous vous en méfiez comme de tout ce qui vient de l’étranger ! Ils ont progressé souterrainement et envahi sournoisement la buanderie où vous faites votre toilette, à l’eau froide, j’aime à le croire. Il n’y a rien de bon à attendre de la Chine, Marine Le Pen vous l’a dit et répété, elle avait raison comme toujours. Avec ces bambous, chère madame, vous tenez votre affaire DSK, toutes proportions gardées. C’est la revanche des petits contre les gros ! Tu m’as joué du bambou, je te traîne en justice ! Soyez rassurée, chère madame, je vais accéder à votre désir. Trancher le végétal coupable à la racine et demander à mon paysagiste de trouver d’autres végétaux, moins invasifs, pour masquer la déprimante masure, que dis-je la ruine où vous coulez vos dernières années et qui me gâche la vue.

Chère madame,

Alors que vous mangerez les pissenlits par la racine dans quelques mois, voire dans quelques semaines, je trouve désolant que vous me fassiez un mauvais procès pour une poignée de bambous qui auraient prétendument envahi votre buanderie. Un pied dans la tombe, vous feriez mieux, à mon avis, de vous préoccuper de votre fin prochaine et du salut de votre âme plutôt que d’emmerder vos voisins. Sans vouloir vous mettre la pression, je crains que cette ultime méchanceté ne vous conduise directement en Enfer ! Songez-y et repentez-vous, IL EST ENCORE TEMPS ! Je vous rappelle, au passage, que les végétaux en général, et les bambous en particulier sont l’œuvre du Seigneur. Au lieu d’en réclamer l’arrachage, vous devriez vous de réjouir de leur bonne santé, admirer le dessein admirable qui les fait croître et prospérer ainsi qu’IL l’a voulu. Et s’il Lui a plu qu’ils poussent leurs puissants rhizomes sous le carrelage de votre buanderie, louez-LE, car ses desseins son impénétrables. Je vous salue néanmoins dans l’amour de Dieu, chère voisine.

Vieille taupe,

C’est quoi ce délire ? Tu vas pas nous chier un cake pour trois pauv’ racines, non ?! Et comment tu me causes ? Si tu crois que c’est toi qui fais la loi, mémère tu te goures sévère ! Et puis c’est pas ton gendre avec sa couperose et ses dents de castor qui m’impressionne ! Il lui manque plus qu’un costume d’Obersturmfhürer à celui-là. Heureusement qu’il est né après-guerre. Et puis d’abord qui t’es pour m’écrire comme ça ? Rien qu’un vieux débris sénile qui va pas tarder à partir les pieds devant. Tiens, ça me donne une idée : j’irai planter des bambous sur ta tombe !

Orteils

Orteils anonymes.

J’aimerais vous faire partager mon indignation : trouvez-vous normal que les cinq doigts de la main possèdent chacun leur nom (pour mémoire : le pouce, l’index, le majeur, l’annulaire et l’auriculaire) alors ceux des pieds, communément appelés “orteils”, en sont dépourvus ? Tout au plus distingue-t-on le gros du petit. Les trois du milieu sont tragiquement anonymes.

Cette discrimination n’est pas acceptable.

Baptisons-les sans plus attendre !

En hommage à Jonathan Swift, je propose Brobdingnag pour le plus gros, Lilliput pour le plus petit.

Pour les trois autres le même auteur nous offre Belfuscu, Glumgluff et Balnibarbi, mais j’entends d’ici les puristes crier à l’anglicisme.

Alors si vous vous croyez plus malins que Swift, si vous vous estimez plus créatifs, je vous engage à faire parvenir vos suggestions à l’Académie Française. Elles seront examinées avec la plus scrupuleuse attention. Les trois noms retenus seront publiés au Journal Officiel.

Mission

Ce matin, à la gare de Montigny sur Loing, je reste planté devant un panneau d’affichage.

Il est y question de trains, on s’en serait douté.

Les trains en question, appelés à ne pas circuler en raison de travaux sur la voie, portent des noms : POMU pour l’un POMA pour l’autre. Plutôt ridicule, mais en quatre lettres, on peut faire pire : CACA, PIPI, POPO, CUCU, PETA, etc…

Au-delà de ces moqueries faciles, la question qui me préoccupe est la suivante : existe-t-il, quelque part, un employé de la SNCF uniquement dévolu à cette tâche ? Je veux dire trouver des noms rigolos pour les trains ? Je l’imagine, le crayon à la main, essayant, raturant, se désolant lorsque l’inspiration lui fait défaut, se réjouissant quand ça sonne bien. Un poète, en somme. Mais peut-être est-ce un ordinateur qui pond sans états d’âme ces combinaisons de voyelles et de consonnes. Dans ce cas, nous n’échapperons ni à CACA, ni aux autres…

Une note de bas de page, de bas d’affiche plutôt, précise qu’il s’agit de « codes mission »

Code, je comprends. Mission, c’est moins clair.

En quoi le fait de rouler de Montargis à la gare de Lyon ou vice versa représente-t-il une mission ?

Dans mon esprit – et peut-être dans le vôtre- une mission est dangereuse par essence, voire impossible, à moins que Tom Cruise ne s’y colle.

« Mission accomplie, mon capitaine ! » assure le sympathique sous-officier anglais au visage poudré de graisse et de cordite qui vient de placer, au péril de sa vie, des charges explosives sous le pont que vont emprunter les troupes ennemies. Une larme roule sur sa joue boucanée lorsqu’à la fin du film, la Reine en personne, et sur la pointe des pieds, épingle sur sa poitrine une médaille et le félicite pour son courage.

Le mécanicien de POMU, ou de POMA, annonce-t-il fièrement à ses supérieurs, après avoir conduit le train à bon port, « Mission accomplie, chef ! » C’est possible, en fin de compte. On ne sait pas tout.

Il est vrai que le parcours n’est pas anodin : la traversée de la forêt de Fontainebleau vous expose à croiser des bêtes sauvages, des brigands, des partouzeurs, des joggers, des chasseurs, des peaux-rouges sanguinaires…

Mais peut-être, en fin de compte, faut-il entendre « mission » dans le sens spirituel du terme ? La mission du mécanicien s’apparentant alors à celles des apôtres qui doivent mener leurs ouailles dans le droit chemin. Mais oui ! C’est ça ! Plus droit que le chemin de fer, c’est difficile à trouver. Splendide métaphore. Le mécanicien est notre berger, notre pasteur. Loué soit-il. Alléluia !

La Suisse et ses nains

Une nuit sur le Matterhorn

Surpris par l’orage, je fus contraint de bivouaquer, une nuit, sur le flanc aride du Matterhorn.

Un frottement régulier, insistant, me tira du sommeil. J’ouvris les yeux pour découvrir une centaine de nains barbus, suspendus à des cordes, qui frottaient activement le granit verglacé et balayaient les névés. J’interpellai celui qui paraissait être leur chef.

— Cette opération de nettoyage est indispensable si nous voulons offrir aux touristes un panorama étincelant, me répondit-il.

Le secret de ces paysages suisses, parmi les plus beaux du monde, venait donc de m’être incidemment révélé. Je demandai à mon interlocuteur si l’emploi à cette tâche de personnes verticalement défavorisées correspondait à une politique de la Confédération Helvétique en faveur des handicapés. Il me toisa :

— Laissez tomber le politiquement correct, mon vieux ! Vous pouvez parler de nains. Car, sachez-le, l’extraordinaire prospérité de la Suisse, ce sont les nains !

— Vraiment ?

— À votre avis, qui seul est capable d’assembler les rouages microscopiques des montres qui ont fait notre réputation ? Qui fourre nos plus fins chocolats ? Qui, enfin, trotte à son aise dans le sous-sol confiné de nos banques ? Les nains, monsieur, toujours les nains ! Notre devise nationale n’est-elle pas : “Nain pour tous, tous pour nain” ?

 

Les fautes de syntaxe à l’origine du réchauffement climatique.

Une très sérieuse étude du GIEC, relayée par une enquête menée conjointement par la Sorbonne et l’université de Stanford le prouvent indubitablement : chaque fois que nous écorchons la langue, la planète en subit les conséquences.

Les “En cas que”, “La copine à Victor”, “Je sais pas c’est qui”, “Je suis allé au coiffeur” et autres barbarismes contribuent dangereusement à l’élévation de la température globale.

Pour le moment, les scientifiques sont incapable d’expliquer le phénomène mais il a été constaté que dans un amphithéâtre réunissant 250 personnes de 17 à 77 ans d’origines sociales diverses et discutant à bâtons rompus, il a été commis, en moyenne, 0,002 fautes de syntaxe à la minute pendant trois heures. La température s’est alors élevée de 0,004 degrés Celsius.

Il va sans dire que la langue française n’est pas la seule en cause : le polonais, le bantou et l’hindustani représenteraient, à eux seuls, 0,00007% des émissions de gaz à effet de serre.

Chagrin

Dans le hit-parade des mots les plus fréquemment employés par mes médias, CHAGRIN occupe désormais une place de choix.

Il ne s’agit pas de celui des Belges (ceux qui ont lu Hugo Claus apprécieront) encore moins de celui des Syriens face à ce qui reste de leur pays.

Non, il s’agit de la fameuse peau de chagrin.

On l’emploie à toutes les sauces : « Le montant des pensions réduit comme peau de chagrin… La surface des terres agricoles réduit comme peau de chagrin… Les glaciers, victimes du réchauffement climatique, réduisent comme peau de chagrin ». Celle-là, je l’ai entendue récemment au JT d’une chaîne publique.

Si Balzac touchait des royalties chaque fois que son titre est employé, ou plutôt galvaudé, il serait enfin millionnaire.

Posez la question autour de vous. Demandez donc pourquoi on dit : « Réduire comme peau de chagrin ». Vous n’allez pas être déçu.

Je vous donne quelques éléments de réponse :

La peau de chagrin n’a rien à voir avec votre belle-mère. Vous confondez avec peau de vache.

La peau de chagrin n’est pas celle de votre joue que vous pincez chaque matin, entre le pouce et l’index, pour en constater la perte d’élasticité.

Le chagrin n’est pas non plus un petit rongeur de la pampa dont la peau rétrécit quand on l’expose au soleil.

Ce n’est pas, enfin, un requin mangeur d’homme dont on tannerait le cuir. Là, vous confondez avec le galuchat. (« Dans la cour de l’école, des enfants vêtus de blouses grises jouaient aux barres ou à galuchat perché. » – Alain Fournier, « le Grand Meaulnes ».)

Le chagrin est bien un cuir. Pas une liaison « mal-t-à propos », non, une véritable peau de chèvre, de veau, de mouton, ou d’âne, finement grenée. Sans doute selon un procédé inventé par les Turcs qui s’y connaissent en tannage, puisque le mot trouve son origine dans leur langue. « Sâgri » nous a donné « chagrin ».

Lorsque Barbara (en général, les médias précisent : « La grande dame de la chanson française », comme il est convenu de dire « La plus belle avenue du monde » pour les Champs Elysées) chante : « Le ciel de Nantes rend mon cœur chagrin » elle use d’un adjectif en voie de disparition. Qui dit encore : « Je suis d’humeur chagrine » ? On préférera aujourd’hui : « J’ai carrément la tête dans le cul. ».

Quoi qu’il en soit, un cœur chagrin est bel et bien un organe qui s’atrophie…

Les oreilles de l’Abbé Pierre

Je suis incapable de cirer un meuble sans penser à l’abbé Pierre.

Rien à voir avec l’odeur, ni avec Emmaüs, aucune astuce freudienne à deviner, aucune madeleine de Proust.

Regardez un portrait de l’Abbé Pierre : vous serez frappés par la dimension exceptionnelle de ses oreilles. C’est grâce à elles, murmure-t-on, qu’il parvenait à entendre la voix du Très-Haut ; à cette aune, ce n’est d’ailleurs pas sans frémir que l’on imagine la taille de celles de Jeanne d’Arc ou de Thérèse d’Avila… Le Christ, lui, disposait d’une liaison directe.

De telles oreilles produisent plus de cire que la moyenne, de même qu’un grand nez favorise des éternuements plus sonores.

L’abbé Pierre avait pris sa retraite à l’abbaye de Saint Wandrille dont les moines fabriquent, entre autres, une cire de qualité. Voilà la boucle bouclée, ou presque. Généreux de nature, l’abbé offrait à la communauté qui l’avait accueilli ce cérumen qu’il produisait en abondance.

Ainsi, lorsque vous astiquez votre escalier, c’est un peu du saint homme que vous y mettez.

Les vaches, bouc émissaire du réchauffement climatique.

(Merci à Eric Adelheim http://adelheim.fr qui m’a communiqué cet édifiant article)

Le déploiement du plan de lutte contre le réchauffement climatique aux Etats-Unis donne des ailes aux chercheurs, qui réfléchissent à des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre par les « vaches propres ». L’animal, qui émet beaucoup de méthane, est lui aussi responsable — malgré lui — du réchauffement climatique.

 

VACHES2
Le président américain, Barack Obama, qui s’est fixé pour objectif de réduire de 17 % d’ici à 2020 les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis, a proposé fin mars un plan de réduction des émissions de méthane, qui constituent 9 % des émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis. Composé d’une batteries de mesures, notamment législatives, le plan vise essentiellement les énergies fossiles, mais également l’agriculture.
Le gouvernement américain va entre autres encourager les éleveurs à installer des systèmes de récupération et de réutilisation du méthane au sein des exploitations.
Boostés par ces dispositions gouvernementales, des scientifiques ont relancé leurs recherches dans la quête de la « vache du futur », espèce bovine « propre » en méthane, qui ne rejetterait que peu ou prou de ce gaz naturel dont l’effet de serre peut être jusqu’à 84 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone, principale source du réchauffement climatique, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
L’agriculture est le secteur qui émet le plus de méthane (36 % des émissions totales), principalement à cause de la production laitière. Le fumier produit par les vaches en émet en quantité en se décomposant, par exemple quand il est répandu dans les champs. Mais il est également produit par les flatulences bovines.
Pour Juan Tricarico, directeur du Centre américain d’innovations pour les produits laitiers, de l’institut de recherche de l’Illinois, s’attaquer à ce problème est une priorité. Selon lui, la « vache de l’avenir » n’est pas une chimère. Equipé de pilule antiméthane, ou d’un sac à dos à gaz — une équipe argentine travaille sur ce projet —, l’animal pourrait voir ses émissions de méthanes réduites à néant.  Mais les obstacles financiers sont trop nombreux pour le déploiement au niveau national d’une telle technologie, encore plus sans financement public.
La solution pourrait aussi passer par une approche totalement repensée du mode d’alimentation des vaches. Nourries en partie de basilic, ou à l’aide de granulés faciles à digérer, l’impact sur les émissions de méthanes dans l’air pourrait être spectaculaire. « Quatre-vingt-dix-sept pour cent du gaz produit par les vaches est évacué sous forme de rots », explique Juan Tricarico au Financial Times.

 cowboy

VACHES1

À cheval sur l’orthographe

Une mesure salutaire

Face à la dégradation catastrophique de l’orthographe, le gouvernement s’est enfin décidé à réagir. Fermement, durablement. Avec le concours actif de la NSA, tous nos messages écrits, toutes nos lettres, même nos listes de courses seront passés au crible. Gare aux fautes !

Calquée sur le principe du permis de conduire à points, une échelle de sanctions a été élaborée :

“S” oublié à un pluriel et faute d’accord : un point et 25 € d’amende.

Faute d’accent ou accentuation fantaisiste : deux points et 30 € d’amende.

Participe passé confondu avec un infinitif : trois points et 60 € d’amende.

Fautes de syntaxe : trois points et 80 € d’amende.

Pléonasmes, barbarismes et solécismes : quatre points et 100 € d’amende.

“Soupirails” au lieu de soupiraux : quatre points et 110 € d’amende.

Chrysanthème sans “y” ou sans “h” : cinq points et 150 € ‘amende.

Une fois perdus vos 12 points, vous ne serez plus autorisés à communiquer par écrit. Seul un stage orthographique intensif suivi d’une dictée sévèrement notée vous permettront de les récupérer.

SPLENDEUR ET DÉCADENCE DE L’ACCENT CIRCONFLEXE

Je ne sais pas si ça vous a frappé, mais l’accent circonflexe est en train de devenir à l’orthographe ce que les herbes de Provence sont à la cuisine : on en fourre partout.

Ainsi la deuxième personne du pluriel du verbe « faire » est désormais affligée d’un circonflexe dans 80% des cas, par analogie, sans doute, avec le faîte du toit ?

Lequel toit s’en est chopé un, lui aussi. Dans l’esprit du fauteur, toît est sans doute plus crédible que toit qui conviendrait éventuellement à un toit plat, certainement pas à un « toît » à double pente, tel qu’on en voit sur tous les pavillons de l’hexagone.

Ce fameux accent circonflexe représente une consonne ancienne : ainsi le « s » dans « feste », ou dans « mast » devenus fête et mât. La consonne est passée à la trappe mais, telle l’âme des disparus, son esprit survit sous la forme de ce petit oiseau piqué en vol stationnaire au dessus de la voyelle. C’est très poétique, mais ce n’est pas un raison pour en mettre à tour de bras.

Si les dégâts sont limités, s’agissant de « faîtes » ou de « toît » la confusion entre cote et côte, désormais fréquente, peut être carrément dangereuse.

Demandez donc : « Un ballon de cotes ! » chez le bougnat du coin, pour voir. Qu’est-ce qu’on va vous servir ? Les derniers chiffres du Cac 40 dans un petit verre ?

De même, si votre installateur de survitrages vous déclare « Monsieur, vos côtes sont fausses » allez-vous vous indigner en l’assurant que jamais vous n’avez subi de chirurgie esthétique ou réparatrice ?

 

De retour d’un séjour en Croatie, il y a quelques années de cela, j’avais été frappé de constater à quelle point la langue croate est pauvre en voyelles. Je citerai, par exemple, l’île (avec circonflexe) de Krk ou le massif de Krs.

Ému, j’avais alors proposé à tous mes amis écrivains d’envoyer en Croatie leurs voyelles excédentaires. Ça ne leur aurait pas coûté grand chose, mais je n’ai pas été entendu et je le déplore.

Aujourd’hui, en ces temps de crise, l’heure n’est plus à la charité mais à la débrouille et à la spéculation. C’est pourquoi je vous dis : «  Suivez mon conseil, tant qu’il est encore gratuit ! Achetez massivement de l’accent circonflexe, les cours vont encore grimper ! »

 

 

Un peu de poésie.

LE CHÊNE ET LE ROSEAU (remake)

 

Un roseau qui poussait à deux pas d’un grand chêne

Répétait à l’envi avoir lu dans une fable

Qu’il vaut mieux être souple quand l’orage se déchaîne,

Sous peine d’être rompu, brisé, comme un pied d’table !

 

Le chêne en prit ombrage.

Il jura in petto

De faire payer l’outrage

À l’insolent roseau…

 

Une tempête s’annonce : le vent souffle et mugit,

Voilà notre roseau qui d’avance se réjouit

De la déconfiture annoncée du géant

De la chute certaine de ce porteur de glands.

 

Mais la brise est suivie par d’abondantes pluies,

Qui gonflent la rivière, qui en font un torrent.

La voici qui bientôt va sortir de son lit,

Pour noyer les pâtures, les villages et les champs.

 

Partout montent les eaux !

À son tour le roseau

Menace d’être submergé,

Englouti par les flots…

 

Le chêne s’en ébaubit :

Et déclare d’une haleine :

“Monsieur de la Fontaine,

Hélas, n’a pas tout dit !

Plier ne suffit plus,

Pauvre petit bout d’bois !

Encore eût-il fallu

Être aussi grand que moi.”

 

Les mal-aimés.

 

Ostracisés, bannis, transis, agglutinés,

Leurs vêtement trempés, leur haleine chargée,

Ils forment, devant le bar, un troupeau misérable.

Ils ont quitté leurs potes, ils ont quitté leur table,

Pour affronter la nuit, pour endurer le froid.

Dansant d’un pied sur l’autre, ils se gèlent les noix,

Ils battent la semelle sur le pavé givré.

Regardez-les trembler, écoutez-les tousser,

Ces tragiques parias, ces malheureux exclus,

Qu’une loi scélérate a poussé dans la rue

Pour assouvir leur vice, comme des malfaiteurs.

Je ne vous hais point ! Mais combien vous plains-je, ô fumeurs !