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About pierre colin-thibert

I was born january 1951 in Neuchâtel (Switzerland) though mostly lived in Paris (France) I didn't study a lot. I worked as an intaglio printer and engraver for about ten years. I briefly teached drawing and painting at the American Institute in Aix en Provence (yes, I had the skills and was not fired) became a cartoonist and illustrator before starting writing comedies fort radio, then for TV. I began writing novels ans short strories at the end of the last century and I still enjoy it.

Paris brûle-t-elle ?

Hier soir, un violent incendie s’est déclaré à la cathédrale Notre Dame de Paris. C’est triste, bien entendu, j’ai tout de même envie de dire : “ça arrive”. J’ai aussi envie d’ajouter : “Il n’y a pas mort d’homme”. Pas comme rue Erlanger en février : 37 blessés, une dizaine de morts. Je n’irais pas jusqu’à dire dans l’indifférence générale, mais comparé au phénomène Notre Dame, si. Comme quoi les symboles comptent nettement plus que les vies humaines. Il n’y avait pas eu une émotion aussi vive depuis la mort de Johnny, autre symbole. Sauf que pour Johnny, Trump n’avait pas tweeté. Pour Notre Dame, si. Il a même recommandé l’usage de Canadairs. Le type qui s’y connaît en incendies dans des édifices médiévaux… Quasi-maux-d’eaux en somme.

L’incendie était d’une indéniable beauté plastique. Mieux que les tours jumelles du 9/11. Que du bois, bien sec et très ancien. Mais bien entendu, c’est uniquement l’horreur et l’émotion qui se lisaient sur les visages des tous ceux qui se sont précipités pour voir brûler le monument national où qui l’ont regardé brûler chez eux, vautrés dans le canapé, un verre à la main.

À propos de monument national, il me semble que l’émotion internationale a été plus contenue le jour où le musée national de Rio a cramé. Il me semble aussi que les milliardaires n’ont pas mis la main à la poche pour la reconstruction. Pour Notre Dame, si. Il est d’ailleurs heureux que Macron ait supprimé l’ISF, sans quoi ni Arnault ni Pinaut n’auraient pu aider.

Un pan énorme du patrimoine culturel brésilien est parti en fumée, nous, on a failli perdre, paraît-il, la tunique et la couronne d’épines de Saint Louis qui est en or. Failli perdre. Vous savez qui c’était Saint Louis ? Tout sauf un saint. Mais là n’est pas la question. Ce matin, on interviewait un sympathique curé barbu attaché à l’édifice. Il racontait son chagrin et son émotion, on le comprend. Il a également précisé que les badauds ont prié toute la nuit devant l’édifice en feu. Prié pour quoi, exactement ? Apparemment ça n’a pas été très efficace. Enfin, si, ça aurait pu être pire.

Ce matin c’était, à la radio, un défilé de gens plus ou moins compétents qui répétaient peu ou prou la même chose. L’archevêque s’est dit bouleversé. Qu’est qu’il pouvait dire d’autre, le pauvre homme ?

Je ne sais plus qui a déclaré hier soir – au milieu d’un flot de sottises continu et remarquable – que c’était une grande perte pour la religion. Ah bon ? Non seulement on va la reconstruire, mais en plus, franchement, on n’en manque pas de cathédrales…

Au café, où la télé était branchée, j’ai vu Jack Lang déclarer d’un ton pénétré à l’intention de son successeur qu’il fallait reconstruire sans tarder. Franck Riester a dû apprécier à sa juste valeur le conseil de l’Ancien.

Ce qui m’étonne c’est que personne n’ait encore dit que c’était un signe. Un signe de quoi, on ne sait pas, (tout de même pas Dieu qui a balancé son mégot ?) mais à quelques jours de Pâques, c’est forcément un signe. Je suis certain que quelqu’un l’a dit.

Des centaines de curieux, l’appareil photo brandi, qui photographient quoi ? Le vide ? L’absence ? On pourrait intituler cette suite : “Notre Dame arrête de fumer”

Le 18 Avril. Qu’est-ce que je vous disais ! Voici un article tiré du site : “France catholique”

Notre-Dame en flammes. Rien n’arrive qu’avec la permission de Dieu. Incendie accidentel ? Incendie providentiel. Les événements sont providentiels. L’histoire est providentielle. Bossuet bien sûr, mais tout aussi bien Pascal.

Mais à ce degré-là et dans la conjoncture présente, ce n’est plus un signe des temps, c’est un Signe. Peut-être Le Signe. Paris, phare du monde après Athènes et Rome. Le cœur de Paris. Notre-Dame, kilomètre zéro de toutes les routes de France – et du monde. Au premier jour de la Semaine sainte. Quel œil serait assez étoupé pour ne pas voir ? L’aveuglement surnaturel – mystérieusement voulu par Dieu – ne saurait tenir : Notre-Dame en flammes crève les yeux.

C’est un Signe. C’est le Signe. De quoi ? Il faut en effet savoir lire les signes des temps. « Le visage du ciel, vous savez l’interpréter, et pour les signes des temps vous n’en êtes pas capables ! Génération mauvaise et adultère ! » (Mt, 16). Est-ce difficile ? L’état de Notre-Dame au matin du mardi saint, c’est l’état de l’Église en France et, la France étant par droit d’aînesse emblème de catholicité, de l’état de l’Église dans le monde, orbi, en passant par Rome, urbi, et en s’y attardant.

Reste le bâti du prestigieux vaisseau, la nef, avec les rames des arcs-boutants. Restent les façades. L’intérieur est cramé. Benoît XVI vient de dire l’origine de l’incendie : subjectivisme et relativisme, produits de Mai 68. Tout est permis : bien et mal, question d’interprétation. La foi ? Qu’est-ce que la foi ? Ne parlons pas de dogmes.

Le Président Macron : « Cette cathédrale, nous la rebâtirons. » Mgr Aupetit (à J-J. Bourdin) : « Oui, le bâtiment. Mais surtout l’Église. » Voilà la lecture du Signe. Rebâtir Notre-Dame, cela veut dire rebâtir l’Institution. Quel signe plus clair ? Il a déjà été donné ! Mais on l’oublie. C’est François d’Assise qui soutient la basilique Saint-Jean-de-Latran, prête à s’effondrer.

Autre lecture annexe, et tout aussi limpide. Un tel événement montre à quel point, grattée la surface urticante de la laïcité politicienne, et le vernis du pluralisme, métissage et tout ce qu’on peut mettre après le préfixe multi-, on revient au vrai. Ce dont on ne veut pas convenir en public, dans les media, on l’avoue, on le vit, jusqu’aux larmes, quand Notre-Dame brûle. Tous, de tous bords, le disent avec leurs mots : « Mais oui ! Notre-Dame, c’est Notre-Dame de France, c’est notre passé, c’est notre héritage, c’est ce qui nous a fait, c’est ce que nous sommes. » Ce bel aveu perdra de sa ferveur. La chicane reviendra. Mais de l’incendie restera cette vérité brûlante.

Quant à l’Église des hommes, l’Institution, si douloureusement blessée, puisse-t-elle retrouver son âme à la lecture du Signe. C’est à elle d’abord qu’il est donné.

L’archevêque de Paris, Miche Aupetit, donne alors à la population un conseil plus que discutable après ce qui vient d’arriver ! : “Je propose à toutes les personnes de bonne volonté de mettre à leur fenêtre dans la nuit de Pâques, un lumignon, une bougie, comme nous le ferons dans toutes nos églises en commençant la Vigile Pascale par le rite du feu nouveau“.

Enfin, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ce texte hallucinant, toujours sur France Catholique.

Ce soir je ne pleure pas ma cathédrale éventrée, je ne pleure pas les vitraux pulvérisés, je ne pleure pas les œuvres d’art calcinées je ne pleure pas les pierres effondrées, la charpente millénaire réduite en cendres et la flèche ensevelie dans le brasier.

Ce soir je pleure la foi des bâtisseurs, apprentis, compagnons et architectes qui ont dépassé leur savoir pour offrir à Dieu et Marie sa mère un si bel écrin, je pleure pour les artistes qui au cours des siècles ont fait hommage de leur talent à Marie cette jeune fille juive de Palestine, qui en son sein va accueillir le Sauveur et qui sera reconnue Mère de Dieu et Mère de l’Eglise, je pleure pour tous ces prêtres qui depuis des siècles ont célébré la sainte Eucharistie au Maitre autel et aux autels collatéraux, ont confessé dans ces chapelles qui en quelques heures ont disparu dans les flammes, je pleure toutes les grâces, empruntes spirituelles laissées par le temps, obtenues par ces sacrements qui étaient retenues par cette charpente au-dessus des fidèles, je pleure la foi des millions de fidèles qui au cours des siècles se sont agenouillés sur les prie-Dieu désormais carbonisés pour confier leurs misères, leur désarroi, leurs espérances, leurs craintes, leurs doutes et leur joie, à un Dieu si aimant de sa création qu’il a donné à l’homme la liberté de l’aimer ou de le rejeter, je pleure ce lieu où la France celle qui croyait au Ciel et celle qui n’y croyait pas savait se réunir sous le tendre regard de Notre Dame pour montrer son unité aux grandes heures de son histoire, je pleure la conversion de ces hommes et de ces femmes anonymes ou célèbres qui furent touchés par la grâce de la foi au détour d’un pilier, au chevet d’une statue, au pied du tabernacle, je pleure pour l’Eglise si traumatisée en ce début de XXI ème siècle et qui en cette Semaine Sainte vient de perdre un de ses symboles les plus fédérateurs, je pleure de ne pas m’y être assez rendu pour me prosterner devant Notre Dame afin de lui demander d’intercéder pour moi auprès de son Fils pour mes fautes et pour mes lâchetés, de ne pas l’avoir assez remerciée pour ses grâces et ses bienfaits que j’ai dépensés comme un fils prodigue, je pleure de ne pas lui avoir demandé de pardonner à la France sa fille aînée ses abandons et ses oublis… je sais que je n’ai pas besoin de Notre Dame pour prier, pourtant il y a des prières et des suppliques au Ciel qui ont besoin pour gagner le Ciel de l’épaisseur des siècles et de la compréhension du temps du parfum d’éternité qui se dégageait de ces voutes. Je pleure pour ces générations de prêtres qui face contre terre ont reçu le sacrement de l’ordre et ont perdu le lieu qui un jour par le mystère d’un sacrement leur a permis de devenir in personae Christi. Je pleure pour tous ceux grands et petits qui ne pourront plus y pénétrer et n’auront pas l’âme saisie par l’esprit des lieux comme tant l’ont été dans les siècles passés.

Je pleure pour la miséricorde sans fin de Marie et de son fils pour une humanité pécheresse et prie ce soir pour qu’elle continue à nous guider avec amour vers son fils.

Je ne pleure pas des pierres et des charpentes, je pleure l’écrin de ma foi, de mon identité et de ma culture qui est parti en fumée, je pleure pour tous ceux qui ne pleurent que pour des pierres et ne pleurent pas pour la foi qui a élevé ces pierres cette foi qui depuis bien longtemps a été consumée par un siècle sans foi.

Mais Seigneur grâce à vous, à l’amour de votre Mère, je sais que demain à mon réveil devant les ruines fumantes, je ne pleurerai plus car votre Espérance aura chassé ma peine et aura mis au fond de mon cœur une cathédrale à bâtir.

 

 

 

Lettre ouverte aux “Ex”

Messieurs les ex-maris ou les ex-amants des femmes que je rencontre, la soixantaine passée, je vous le demande : que leur avez-vous fait pour que je les retrouve à ce point cabossées, désemparées, fragilisées ? Les dégâts que vous avez causés, messieurs, sont profonds, irréversibles. Je n’ai d’autre choix que de pleurer et m’en désoler avec elles.

Pour vous, apparemment, tout va très bien.

Onfray pas avec n’importe qui, ou la crise des gilets jaunes

Comme tout un chacun, Michel Onfray a été pris de court par l’histoire des gilets jaunes. Il n’avait rien vu venir. Il est philosophe, pas prophète. Comme tous les autres penseurs, analystes, et politiques, Onfray s’est rattrapé aux branches, prenant fait et cause pour les insurgés, en profitant surtout pour tirer à boulets rouges sur son ennemi préféré : BHL. Lequel n’a pas écrit que des conneries sur la question. Onfray non plus d’ailleurs : surnagent quelques miettes acceptables dans un magma idéologique pâteux. Je n’ai pas lu d’autres chroniques que les leurs, certains ont peut-être écrit ce que vous allez lire.

Moi, ce qui me frappe dans cette crise, c’est le degré d’infantilisation qui prévaut.

Les gilets jaunes se comportent comme des enfants turbulents, hurlant, pleurant, trépignant, cassant ou incendiant leurs jouets – ou plutôt ceux des autres puisque le Père Noël ne les gâte jamais – pour signifier à leur parents, à leur papa, en l’occurrence, qu’ils se sentent oubliés, délaissés, livrés à eux-mêmes, qu’ils ont besoin d’une soupe plus grasse, certes, mais aussi et surtout d’attention, de considération. “Papa !” avons-nous entendu au début de la crise : “Parle, je t’en prie ! Dis-nous quelque chose !” Là c’est plutôt de Dieu le père qu’il s’agit, un père omnipotent et bienveillant, très éloigné, évidemment, de la réalité présidentielle.

Cinquante années d’aides, de subventions et d’assistanat auraient-elles fait des Français des enfants gâtés ? Certains de nos voisins ont tendance à le penser.

Et peut-être même, mais là c’est moi qui extrapole, ces enfants réclament-ils des barrières et des règles clairement posées par un adulte responsable.

Les fascismes s’étaient doté de “guides”, virils et forts en gueule, le communisme, lui, a accouché d’un grand timonier, c’était déjà plus poétique, d’un oncle Ho et d’un petit père des peuples dont la tendresse a marqué les esprits. L’infantilisation généralisée ne date donc pas d’hier. Chez nous, le général de Gaulle se posait clairement en père de la nation. En 68, toutefois, on a eu un peu marre du grand-père. Derrière le général, personne n’a eu la carrure nécessaire pour reprendre le costume. Voyez par vous-mêmes, nos présidents sont de plus en plus petits.

Voici donc ce (trop) jeune président/papa dépassé par son indocile marmaille, hésitant entre la carotte et le bâton, se reprochant de n’avoir pas été assez pédagogue et se promettant de l’être. C’est qu’il a un emploi du temps chargé, le papa/président, où trouver le temps d’écouter les gosses, de les bercer avec de belles histoires ?

Comme touts les gamins, ceux qui trottinent à travers Paris tirant les sonnettes, jouant à cache-cache avec les gendarmes et mettant le feu aux poubelles, veulent tout, tout de suite. Pas question d’évoquer du moyen ou du long terme, c’est une notion qui leur échappe.

Les députés ne leur conviennent pas, qu’on les dégage ! à l’instar les godasses achetées sur Internet qu’il suffit de renvoyer si elles ne vous plaisent pas, le service est gratuit. Idem avec le président. Là, on est en plein dans la haine du père. Cela se passerait-il mieux avec une maman ? Les gilets jaunes auraient-ils, inconsciemment, le désir de baiser Marine ?…

Les légendes les plus invraisemblables courent sur les réseaux sociaux*, ils y croient pour les oublier au bout de deux ou trois jours.

Que vont-ils devenir quand ils seront grands, les gilets jaunes ?

* Comment ne pas citer Unberto Eco ?

Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bistrot et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel.”

Insoumis/ses

Il y a des députés “insoumis”. Parité oblige, il y également des “insoumises”. Il est plaisant d’apprendre que sous le Second Empire, on appelait insoumises les demi-mondaines, ces courtisanes haut de gamme si joliment épinglées par Zola. Pourquoi “insoumises” ? Parce que ne s’avouant pas prostituées, elles échappaient à l’encartage et à la visite médicale obligatoire.

Ces gares où l’on s’égare

Peu de gens le savent, mais l’entretien et la gestion des premières gares du chemin de fer avaient été confiés à divers ordres monastiques.

Les noms de certaines gares en attestent : Limoges-Bénédictins, Saint Charles à Marseille, St Jean à Bordeaux, Saint Lazare à Paris, pour ne citer que les plus célèbres.

Pourquoi des moines demanderez-vous ? Parce que ce sont des gens qui ne badinent pas avec l’horaire. Avec les laudes partaient les premiers trains, les derniers arrivaient à quai pour complies.

Et puis les moines n’ont jamais boudé les travaux physiques: atteler et dételer les wagons, les nettoyer, ne les rebutait point. La fumée des locomotives leur rappelait celle de l’encens et n’a-t-on pas écrit que les gares étaient à l’époque moderne ce que les cathédrales furent au Moyen Âge ?

Tels leurs frères du Grand Saint Bernard, les moines étaient toujours prêts à secourir le voyageur égaré et leur chasteté rassurait les femmes amenées à se déplacer avec ce nouveau mode de transport.

La frugalité des moines a durablement influencé l’ambiance et la carte des buffets de gare. Avec la nationalisation des chemins de fer, évidemment, tout a changé. Il n’était plus question de laisser les gares aux mains du clergé et le syndicalisme qui montait en puissance s’accordait mal avec les valeurs monacales. La casquette a remplacé la tonsure, le sifflet le goupillon, le drapeau rouge le crucifix.

Et les bons pères sont retournés sans bruit dans leurs couvents.

HODLER

Ferdinand Hodler

Je me demande si les non-Suisses connaissent Hodler ? Valloton a été exposé au Grand Palais, (au motif qu’il avait acquis la nationalité française ?) Hodler n’a pas eu droit de cité à Paris. Du moins pas à ma connaissance.

La question à son importance : demi-suisse, je connaissais de Hodler, depuis l’enfance, ces reîtres musculeux et barbus, ces bûcheron puissants, ce Guillaume Tell impérissable autant que fantasmé. J’avais donc rangé Hodler dans la catégorie des peintres de genre, tendance patriotique, donc doublement exécrable. Jusqu’au jour où, il y a bien des années j’ai découvert au musée des Beaux Arts de Bâle un paysage de montagne d’une simplicité et d’une audace confondantes peint par Hodler vers 1914. De ce jour mon regard sur lui a changé. Pour le dire simplement : total respect.

Paysages, portraits, figures historiques et compositions plus ou moins symboliques, l’exposition du musée Rath de Genève ratisse large et nous démontre que Hodler était un sacré bosseur et un immense artiste. De ses œuvres symboliques, je n’ai pas grand chose à dire, elles sont aussi ridicules que celles de Kupka précédemment étrillé sur ce blog. Une mention spéciale pour le jeune garçon nu de profil dont on n’arrive pas à déterminer si la tache claire en haut de la cuisse est un bout de pénis ou, juste, une tache claire. Pour les filles, de face, le peintre a moins de scrupules. À l’instar de Kupka, je crois que s’il peignait la même chose de nos jours il aurait droit à un “# balance ton pédophile”, ce qu’il n’était probablement  pas.

Voici des gens endormis sur le sol : un homme barbu semble en proie à un cauchemar matérialisé par une sorte de fantôme noir sur sa poitrine tandis qu’à sa droite une femme et un homme dorment, enlacés. La femme, nue, nous tourne le dos. Elle est admirable et admirablement peinte. Je n’ai pas la moindre idée de ce que peut signifier cette composition et je m’en tape. Mais ce corps de femme est à lui seul la preuve que nous avons affaire à un très grand peintre. Et à un immense dessinateur dont témoignent les mains et les pieds jamais bâclés (contrairement à tant d’autres) toujours justes dans leurs proportions comme dans leur pose. Cette facilité à dessiner les corps, Hodler en abuse dans ses peintures historiques, mais quand même je n’aime pas ça, je reconnais qu’on en prend plein les yeux. Il m’a fait penser à un autre artiste suisse Hans Erni, grosse vedette dans les années 1960-70 que son incroyable facilité à dessiner les corps et les chevaux a conduit à sa perte (de mon point de vue).

Beaucoup d’autoportraits : les premiers fort classiques et très vivants, les derniers d’une impressionnante liberté de trait.

Et enfin les paysages… Quiconque a tenté de peindre la montagne sait à quel point l’exercice est périlleux : impressionné par les volumes et les ambiances, on a toujours tendance à en faire trop, on s’égare facilement, on s’empâte. Hodler, lui, s’en sort à l’économie, à l’issue de ce que j’imagine, peut-être à tort, à une longue méditation devant le paysage. Il faut re-situer cette peinture dans son époque (14-18 en gros) pour en apprécier l’audace, les coloris francs, les nuages enfantins, le graphisme délié. Hodler est en somme le champion absolu d’une sorte de triathlon pictural.

Perles

Perle extraite du discours de M.Macron prononcé à l’occasion des funérailles nationales de Johnny Hallyday  : ” {il avait} Cette humanité indéfinissable qui vous perce à jour…”

Entendu sur TF1 au moment du Mondial de Football : “Les deux équipes vont vouloir gagner…

 

COROT portraitiste

De Camille Corot on connaît ces paysages délicats : des gris d’une incroyable subtilité, des arbres que le vent fait légèrement ployer, des ruines, des ciels lumineux, fin de journée dans la campagne romaine. On en trouve dans tous les musées d’Europe et d’Amérique du nord, et on n’est jamais déçu. Corot est résolument un bon peintre.

On l’attend moins dans le domaine du portrait, le Musée Marmottan entend réparer cette injustice. Voici donc de nombreuses jeunes femmes posant pour le peintre, le plus souvent habillées, encore que les deux nus présents à l’exposition soient très réussis. Ingres, nous dit le commentaire, a influencé Corot, et Corot, Manet. N’en déplaise à Mallarmé, la chair n’est triste ni chez le uns ni chez les autres.

Les modèles, si j’ai bien compris, revêtaient pour le peintre des habits de paysannes italiennes ou grecques, prétexte à user de rouges, des jaunes et de bleus vifs que l’on ne trouve pas dans les paysages de Corot. Un vermillon très clair, à la limite de l’orangé m’a intrigué : est-ce vraiment la couleur que le peintre a utilisée ou a-t-elle viré avec le temps ?

Ces femmes adoptent pour le peintre des poses un peu mélancoliques, des regards rêveurs, la main posée, parfois, sur une mandoline. C’est très charmant. On pardonnera quelques erreurs anatomiques, Corot a souvent du mal avec les épaules…

Ces femmes ont cependant quelque chose de curieusement identique, toutes paraissent sorties du même moule. La même forme d’yeux. On n’est pas très loin de la fabrique byzantine. Corot ne peint pas des femmes, mais des types. Il ne se laisse aller à peindre les vrais gens qu’à de rares occasions : portraits d’enfants vite torchés mais d’autant plus sincères, sa nièce, ou encore cette délicieuse jeune femme à la faucille, sur fond de champ de blé et de ciel chargé.

Vers la fin de sa vie, il s’attaque à des formats plus grands et laisse tomber le folklore italo-grec au profit de robes contemporaines. Il s’en sort très bien. Dommage qu’il n’ait pas eu le temps d’en peindre plus.

Peu d’hommes. Un ou deux, on ne sait pourquoi portent des armures, les autres la bure dont les plis raides on dû séduire le peintre. L’habit, chez Corot, fait le moine.

 

FAUTRIER

 

Fautrier est un étrange bonhomme. Il a l’art d’être toujours là où on ne l’attend pas, y compris dans les Alpes où il a été hôtelier et moniteur de ski entre 1930 et 1940. Les modes, les tendances, il s’en contrefout. Il explore, il expérimente dans son coin, ce n’est pas toujours réussi, mais c’est toujours gonflé. Une toile surgit tout à coup d’un ensemble comme cet incroyable sanglier éviscéré, presque noir sur fond noir, audacieux, puissant, dérangeant. Fautrier qui a assombri sa palette à la limite du possible fait soudain éclater, sans transition, des roses charnels, des jaunes et des bleus délicats sans jamais être mièvres. L’abstraction s’installe rapidement dans son œuvre. L’informel, plutôt : une vidéo nous permet de suivre une longue conversation sur la question avec son ami et exégète Jean Paulhan, diction raffinée et cigarettes à gogo ; Fautrier fixe la caméra d’un curieux regard “par en dessous” et on sent que le bavardage érudit de Paulhan l’agace légèrement. C’est en dessinant des arbres que ça lui est venu, à mon avis : Fautrier peint la forêt, une masse verte et fluide et, de la pointe du manche du pinceau il y esquisse, hâtivement, la silhouette de la canopée que le vent, peut-être, malmène. Cet espèce d’idéogramme qui pourrait signifier “forêt” aussi bien que “plage de galets” on a le retrouver ensuite, d’un trait plus ou moins appuyé, dans la plupart de ses merveilleux petits dessins si lumineux, ce que j’ai préféré dans l’exposition. Fautrier travaille essentiellement sur papier, mélange les techniques avec entrain et maroufle le tout quand c’est terminé. Un vrai boulot d’artisan comme on aime La fameuse série des “otage” est exposée, bien entendu, certains sont très beaux et je ne doute pas de la sincérité de l’artiste qui a été résistant, mais je n’ai pu m’empêcher de penser qu’il y avait là, avant tout, un concept. Un concept qui l’a rendu célèbre après-guerre… Il y a aussi les sculptures de Fautrier, des nus trapus qui m’ont fait penser, par leur puissance, aux figures monumentales de Baselitz taillées à la tronçonneuse et d’innombrables visages de femme qui paraissent avoir été exhumés de quelque site archéologique grec ou phénicien dont il se dégage un charme étrange, nostalgique.