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About pierre colin-thibert

I was born january 1951 in Neuchâtel (Switzerland) though mostly lived in Paris (France) I didn't study a lot. I worked as an intaglio printer and engraver for about ten years. I briefly teached drawing and painting at the American Institute in Aix en Provence (yes, I had the skills and was not fired) became a cartoonist and illustrator before starting writing comedies fort radio, then for TV. I began writing novels ans short strories at the end of the last century and I still enjoy it.

Insoumis/ses

Il y a des députés “insoumis”. Parité oblige, il y également des “insoumises”. Il est plaisant d’apprendre que sous le Second Empire, on appelait insoumises les demi-mondaines, ces courtisanes haut de gamme si joliment épinglées par Zola. Pourquoi “insoumises” ? Parce que ne s’avouant pas prostituées, elles échappaient à l’encartage et à la visite médicale obligatoire.

Ces gares où l’on s’égare

Peu de gens le savent, mais l’entretien et la gestion des premières gares du chemin de fer avaient été confiés à divers ordres monastiques.

Les noms de certaines gares en attestent : Limoges-Bénédictins, Saint Charles à Marseille, St Jean à Bordeaux, Saint Lazare à Paris, pour ne citer que les plus célèbres.

Pourquoi des moines demanderez-vous ? Parce que ce sont des gens qui ne badinent pas avec l’horaire. Avec les laudes partaient les premiers trains, les derniers arrivaient à quai pour complies.

Et puis les moines n’ont jamais boudé les travaux physiques: atteler et dételer les wagons, les nettoyer, ne les rebutait point. La fumée des locomotives leur rappelait celle de l’encens et n’a-t-on pas écrit que les gares étaient à l’époque moderne ce que les cathédrales furent au Moyen Âge ?

Tels leurs frères du Grand Saint Bernard, les moines étaient toujours prêts à secourir le voyageur égaré et leur chasteté rassurait les femmes amenées à se déplacer avec ce nouveau mode de transport.

La frugalité des moines a durablement influencé l’ambiance et la carte des buffets de gare. Avec la nationalisation des chemins de fer, évidemment, tout a changé. Il n’était plus question de laisser les gares aux mains du clergé et le syndicalisme qui montait en puissance s’accordait mal avec les valeurs monacales. La casquette a remplacé la tonsure, le sifflet le goupillon, le drapeau rouge le crucifix.

Et les bons pères sont retournés sans bruit dans leurs couvents.

HODLER

Ferdinand Hodler

Je me demande si les non-Suisses connaissent Hodler ? Valloton a été exposé au Grand Palais, (au motif qu’il avait acquis la nationalité française ?) Hodler n’a pas eu droit de cité à Paris. Du moins pas à ma connaissance.

La question à son importance : demi-suisse, je connaissais de Hodler, depuis l’enfance, ces reîtres musculeux et barbus, ces bûcheron puissants, ce Guillaume Tell impérissable autant que fantasmé. J’avais donc rangé Hodler dans la catégorie des peintres de genre, tendance patriotique, donc doublement exécrable. Jusqu’au jour où, il y a bien des années j’ai découvert au musée des Beaux Arts de Bâle un paysage de montagne d’une simplicité et d’une audace confondantes peint par Hodler vers 1914. De ce jour mon regard sur lui a changé. Pour le dire simplement : total respect.

Paysages, portraits, figures historiques et compositions plus ou moins symboliques, l’exposition du musée Rath de Genève ratisse large et nous démontre que Hodler était un sacré bosseur et un immense artiste. De ses œuvres symboliques, je n’ai pas grand chose à dire, elles sont aussi ridicules que celles de Kupka précédemment étrillé sur ce blog. Une mention spéciale pour le jeune garçon nu de profil dont on n’arrive pas à déterminer si la tache claire en haut de la cuisse est un bout de pénis ou, juste, une tache claire. Pour les filles, de face, le peintre a moins de scrupules. À l’instar de Kupka, je crois que s’il peignait la même chose de nos jours il aurait droit à un “# balance ton pédophile”, ce qu’il n’était probablement  pas.

Voici des gens endormis sur le sol : un homme barbu semble en proie à un cauchemar matérialisé par une sorte de fantôme noir sur sa poitrine tandis qu’à sa droite une femme et un homme dorment, enlacés. La femme, nue, nous tourne le dos. Elle est admirable et admirablement peinte. Je n’ai pas la moindre idée de ce que peut signifier cette composition et je m’en tape. Mais ce corps de femme est à lui seul la preuve que nous avons affaire à un très grand peintre. Et à un immense dessinateur dont témoignent les mains et les pieds jamais bâclés (contrairement à tant d’autres) toujours justes dans leurs proportions comme dans leur pose. Cette facilité à dessiner les corps, Hodler en abuse dans ses peintures historiques, mais quand même je n’aime pas ça, je reconnais qu’on en prend plein les yeux. Il m’a fait penser à un autre artiste suisse Hans Erni, grosse vedette dans les années 1960-70 que son incroyable facilité à dessiner les corps et les chevaux a conduit à sa perte (de mon point de vue).

Beaucoup d’autoportraits : les premiers fort classiques et très vivants, les derniers d’une impressionnante liberté de trait.

Et enfin les paysages… Quiconque a tenté de peindre la montagne sait à quel point l’exercice est périlleux : impressionné par les volumes et les ambiances, on a toujours tendance à en faire trop, on s’égare facilement, on s’empâte. Hodler, lui, s’en sort à l’économie, à l’issue de ce que j’imagine, peut-être à tort, à une longue méditation devant le paysage. Il faut re-situer cette peinture dans son époque (14-18 en gros) pour en apprécier l’audace, les coloris francs, les nuages enfantins, le graphisme délié. Hodler est en somme le champion absolu d’une sorte de triathlon pictural.

COROT portraitiste

De Camille Corot on connaît ces paysages délicats : des gris d’une incroyable subtilité, des arbres que le vent fait légèrement ployer, des ruines, des ciels lumineux, fin de journée dans la campagne romaine. On en trouve dans tous les musées d’Europe et d’Amérique du nord, et on n’est jamais déçu. Corot est résolument un bon peintre.

On l’attend moins dans le domaine du portrait, le Musée Marmottan entend réparer cette injustice. Voici donc de nombreuses jeunes femmes posant pour le peintre, le plus souvent habillées, encore que les deux nus présents à l’exposition soient très réussis. Ingres, nous dit le commentaire, a influencé Corot, et Corot, Manet. N’en déplaise à Mallarmé, la chair n’est triste ni chez le uns ni chez les autres.

Les modèles, si j’ai bien compris, revêtaient pour le peintre des habits de paysannes italiennes ou grecques, prétexte à user de rouges, des jaunes et de bleus vifs que l’on ne trouve pas dans les paysages de Corot. Un vermillon très clair, à la limite de l’orangé m’a intrigué : est-ce vraiment la couleur que le peintre a utilisée ou a-t-elle viré avec le temps ?

Ces femmes adoptent pour le peintre des poses un peu mélancoliques, des regards rêveurs, la main posée, parfois, sur une mandoline. C’est très charmant. On pardonnera quelques erreurs anatomiques, Corot a souvent du mal avec les épaules…

Ces femmes ont cependant quelque chose de curieusement identique, toutes paraissent sorties du même moule. La même forme d’yeux. On n’est pas très loin de la fabrique byzantine. Corot ne peint pas des femmes, mais des types. Il ne se laisse aller à peindre les vrais gens qu’à de rares occasions : portraits d’enfants vite torchés mais d’autant plus sincères, sa nièce, ou encore cette délicieuse jeune femme à la faucille, sur fond de champ de blé et de ciel chargé.

Vers la fin de sa vie, il s’attaque à des formats plus grands et laisse tomber le folklore italo-grec au profit de robes contemporaines. Il s’en sort très bien. Dommage qu’il n’ait pas eu le temps d’en peindre plus.

Peu d’hommes. Un ou deux, on ne sait pourquoi portent des armures, les autres la bure dont les plis raides on dû séduire le peintre. L’habit, chez Corot, fait le moine.

 

FAUTRIER

 

Fautrier est un étrange bonhomme. Il a l’art d’être toujours là où on ne l’attend pas, y compris dans les Alpes où il a été hôtelier et moniteur de ski entre 1930 et 1940. Les modes, les tendances, il s’en contrefout. Il explore, il expérimente dans son coin, ce n’est pas toujours réussi, mais c’est toujours gonflé. Une toile surgit tout à coup d’un ensemble comme cet incroyable sanglier éviscéré, presque noir sur fond noir, audacieux, puissant, dérangeant. Fautrier qui a assombri sa palette à la limite du possible fait soudain éclater, sans transition, des roses charnels, des jaunes et des bleus délicats sans jamais être mièvres. L’abstraction s’installe rapidement dans son œuvre. L’informel, plutôt : une vidéo nous permet de suivre une longue conversation sur la question avec son ami et exégète Jean Paulhan, diction raffinée et cigarettes à gogo ; Fautrier fixe la caméra d’un curieux regard “par en dessous” et on sent que le bavardage érudit de Paulhan l’agace légèrement. C’est en dessinant des arbres que ça lui est venu, à mon avis : Fautrier peint la forêt, une masse verte et fluide et, de la pointe du manche du pinceau il y esquisse, hâtivement, la silhouette de la canopée que le vent, peut-être, malmène. Cet espèce d’idéogramme qui pourrait signifier “forêt” aussi bien que “plage de galets” on a le retrouver ensuite, d’un trait plus ou moins appuyé, dans la plupart de ses merveilleux petits dessins si lumineux, ce que j’ai préféré dans l’exposition. Fautrier travaille essentiellement sur papier, mélange les techniques avec entrain et maroufle le tout quand c’est terminé. Un vrai boulot d’artisan comme on aime La fameuse série des “otage” est exposée, bien entendu, certains sont très beaux et je ne doute pas de la sincérité de l’artiste qui a été résistant, mais je n’ai pu m’empêcher de penser qu’il y avait là, avant tout, un concept. Un concept qui l’a rendu célèbre après-guerre… Il y a aussi les sculptures de Fautrier, des nus trapus qui m’ont fait penser, par leur puissance, aux figures monumentales de Baselitz taillées à la tronçonneuse et d’innombrables visages de femme qui paraissent avoir été exhumés de quelque site archéologique grec ou phénicien dont il se dégage un charme étrange, nostalgique.

KUPKA

Je suis allé voir l’expo Kupka. Grosse déception. En fait, je ne connaissais de Kupka que deux ou trois très belles toiles peintes aux alentours de 1910 (un nu splendide et un autoportrait, entre autres), ainsi que son incroyable usage de la couleur, des jaunes en particulier, si difficiles à mettre en œuvre (seul Bonnard s’en sort. Et Van Gogh dans un autre registre). Pour le reste j’ignorais tout de ses débuts, de sa période abstraite, et de sa colossale activité de dessinateur de presse et d’illustrateur. Voilà un homme qui a travaillé ! Il y a, parmi les planches exposées, de curieux contrastes : le dessin est parfois très maîtrisé, voire virtuose et parallèlement on repère des maladresses, des fautes anatomiques criantes. Kupka s’est également risqué à dessiner des chevaux, et, à l’instar de beaucoup d’autres, il n’aurait pas dû… N’est pas Horace Vernet qui veut. À ses débuts, Kupka était à fond dans le symbolisme, c’était de son temps. On ne peut que se féliciter de l’extinction de ce mouvement qui a produit, pour l’essentiel et en dépit de leurs indéniables qualités techniques, des œuvres ampoulées, ridicules, empêtrées dans une espèce de pathos vaguement assyrien, tragiquement dépourvues d’humour. Cet homme nu dans un paysage de montagne (très joli travail de la craie sur un papier teinté, au demeurant) est le résultat discutable d’une réflexion philosophique, nietzschéenne paraît-il. On peut aussi y renifler du Rudolf Steiner. Quant à l’une des planches, un délicat lavis, qui illustre “L’homme et la Terre”, l’encyclopédie de Elisée Reclus, elle vaudrait à son auteur d’être taxé de pédophilie aggravée si elle était dessinée aujourd’hui. Kupka n’était pourtant que naturiste, c’était alors très à la mode.

Après les toiles aux couleurs audacieuses que je citais plus haut, et cette baigneuse dont l’eau en mouvement décompose le corps en fragments, Kupka se met à penser, pire encore, à théoriser. Et c’est la catastrophe. L’humour n’était pas son fort, on l’a compris, mais Kupka témoignait, jeune, d’une sensualité qui va s’effacer complètement au profit de recherches que j’ai trouvées non seulement tristes et barbantes, mais en plus fort peu convaincantes sur le plan chromatique, quoiqu’en disent les commentateurs autorisés. D’accord, à l’époque c’était nouveau et gonflé. Encore que d’autres s’y étaient essayé avec plus de bonheur et de fantaisie. Kandinsky ou Klee, pour rester dans les “K”. La seule toile qui m’ait séduit, dans ce fastidieux catalogue de verticales, de petits carrés et de courbes malvenues, c’est celle qui rappelle Mondrian : trois ligne noires inégales sur fond blanc, presque un titre de pièce pour Yasmina Reza. On est en 1930. Mondrian a peint ses premiers carrés dix ans plus tôt. Sans doute las de ses propres et fastidieuses compositions, Kupka y introduit soudain de gros rouages : nous voilà entre les “Temps Modernes” de Chaplin et les vitrines des Galeries Lafayette de mon enfance…. Cette période mécanique, heureusement, ne dure pas. Des compositions en noir et blanc, plutôt réussies, viennent atténuer, à la fin de l’exposition, l’impression désastreuse de cette peinture non-figurative, sèche, sans joie et sans chair.

 

 

Plume (cirque)

 

Pour ma part, je préfère le cirque aux meetings politiques.  En l’occurrence, le cirque Plume : www.cirqueplume.com/

PLUME DE SAISON

 

Qui se souvient de cette vieille blague de l’ère soviétique ? Popov rencontre Lévy et le tance :

— Dis donc, Lévy ! On ne t’a pas vu à la dernière réunion du Parti ?!

— Si j’avais su que c’était la dernière, répond Lévy avec un grand sourire, j’y serais allé avec la famille !

Mais au Cirque Plume, on ne badine pas avec les mots : cette “Dernière saison” clôt plus de trente années d’une intense et joyeuse activité. Je vous conseille donc d’y courir, en famille, comme Lévy, pour faire, une dernière fois, provision d’images et de musique. Les unes et l’autre vous habiteront longtemps.

Plume est un cirque frontal. Autrement dit pas de piste circulaire, une scène comme au théâtre ou au music-hall. Bernard Kudlak, monsieur Plume en quelque sorte, – Henri Michaux me pardonnera de prendre cette liberté – parle de boîte noire, camera obscura. Boîte de Pandore aussi, d’où sortent et défilent, en une suite de tableaux animés, pour une dernière parade, les êtres les plus invraisemblables, monstres et merveilles, certains échappés d’un tableau de Jérôme Bosch ou du schéma de l’évolution, d’autres un pied dans l’art brut, empruntant leurs silhouettes végétales aux figures des carnavals suisses alémaniques, d’autres encore venus de la planète Magritte, porteurs de mystérieux étuis dont ils jouent dans tous les sens du terme, le contenant se faisant instrument, le contenu conservant son mystère. Dans la séquence onirique qui confronte un danseur à une immense vague blanche on aborde à l’univers fantastique de Victor Hugo (Ocenao Nox) avec une touche du souffle inspiré de Caspar Friedrich.

En chair, en os ou en ombre chinoises, les artistes occupent la scène sur laquelle tombent, selon la saison, les feuilles de l’automne ou les plumes des anges (?) qu’un ballet de balayeurs ramasse à la pelle.

Signée Benoît Schick, la musique est si présente, si généreuse, que parfois on en oublierait d’applaudir la prestation de l’acrobate, de la funambule ou de la contortionniste qu’elle accompagne. Ah, la contortionniste ! Elle, c’est Roland Topor qui aurait pu la croquer : plus flexible qu’un travailleur de l’Union Européenne, d’une effrayante drôlerie, ses numéros sont un pur régal. Une médaille d’or pour celui qu’elle exécute skis aux pieds. Quiconque s’est essayé un jour à chausser des planches sur une pente verglacée appréciera. Et quiconque a observé un singe en hiver applaudira les diverses apparitions de Cyril Casmèze, ni clown blanc, ni Auguste, mi-humain, mi-animal, à la fois rond, souple et félin.

Tout en ventres en muscles réels ou fantasmés, en grommelots et en rodomontades, les hommes n’ont pas vraiment le beau rôle dans cette ultime saison. Sans parler de ce curé que l’on dirait dessiné par Siné (et mis à nu comme la mariée éponyme, dans l’œuvre de Duchamp) Je crois avoir compris le message : libérées de la pesanteur, les femmes sont l’avenir de l’humanité.

Un malheur n’arrive jamais seul

On a eu les attentats, est-ce qu’on avait besoin de ça, en plus ?
Jeff Koons offre à Paris une œuvre monumentale, “Bouquet of Tulips”, “symbole du souvenir”

L’artiste américain Jeff Koons a annoncé le 21 novembre qu’il offrira à la Ville de Paris “Bouquet of Tulips”, une œuvre monumentale originale qui se veut “un geste d’amitié entre le peuple américain et le peuple français” et un “symbole du souvenir” après les attentats.

L’œuvre de dix mètres de haut, en bronze, acier inoxydable et aluminium, encore à produire, représente une main tenant des tulipes multicolores qui “symbolise l’acte d’offrir”, a affirmé la star de l’art contemporain devant la presse à l’ambassade des Etats-Unis.

Bouquet of Tulips de Jeff Koons